Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Coupe du monde 2010 : pourquoi les médias italiens sont-ils déchainés ?

Des dizaines et des dizaines de commentaires. Des éditoriaux enflammés. Des cercueils disposés sur un terrain de foot. Et des «unes» qui forcent la comparaison entre l’Italie de Lippi et celle de Berlusconi (pouvait-on y échapper?). Le journalisme italien ne semble avoir retrouvé sa capacité à rugir que contre une victime désignée, l’équipe nationale de foot, que la Slovaquie avait déjà légitimement euthanasiée. Certes, nous aurions pu et dû le faire, mais pourquoi prolonger l’agonie? Bref, c’est un journalisme guidé par son instinct nécrophile qui s’amuse à déchiqueter un cadavre encore chaud (plus pour longtemps).

C'est presque grotesque de voir à quel point "l'intérêt de la nation" (selon les médias) coïncident peu avec le (réel) intérêt de la nation. Alors, on croit rendre service aux citoyens en faisant couler des litres d’encre pour commenter la défaite en Afrique du Sud, comme si elle ne se commentait pas toute seule? Par contre, on met au second plan l’indécence d’un ministre nommé sans qu’on sache rien de son utilité et de son honnêteté: un fait du prince qui peut mécontenter même une grande partie de la majorité. On galvaude les mots «honte», «catastrophe» et «justice» pour onze mollassons empêtrés dans le fantasme de ce qu’ils sont, mais pas pour le problème urgent des poubelles à Palerme, pour les déchets qui empoisonnent nos mers et notre nourriture (et qui causent toujours plus de cancers). Où sont ces termes pour parler des anorexiques qui continuent de mourir dans l’indifférence générale, des crises humanitaires et des crimes internationaux que les JT oublient? Et que dit-on des lois anti-historiques qui risquent de faire ressembler notre liberté d’expression (sur la RAI, le seul vrai carrefour pour le futur du pays) à celle de la Chine ou de la Birmanie ? Passons encore sur le taux de chômage record chez les jeunes, sur le climat vaguement homophobe et raciste, sur les déclarations sécessionnistes de ceux qui jurent sur la Constitution puis sur des Statuts plus ancien qui la contredisent, et enfin sur ceux qui subissent les conséquences néfastes d’une justice incapable de s’adapter à la réalité.

Et cela ne met pas à mal les fameux et rebattus discours sur toutes ces Castes qui divisent l’Italie. Nous avons un pays techniquement «fédéral» (sauf sur le plan géographique) mais totalement désuni, où ne valent que des règles différentes en fonction des Castes: moi je peux frauder le fisc, mais pas toi; moi je peux avoir des ennuis avec la justice et siéger au Parlement, mais pas toi; moi je peux faire grève, mais pas toi.

Si seulement cette même ardeur se voyait chaque jour dans les rédactions. Cette indignation. Cette rage argumentée, rigoureuse, qui ne pardonne rien mais qui tourne déjà son regard vers un futur – inévitablement – meilleur. Alors je serais bien content de siroter les âneries footballistiques d’aujourd’hui, et jusqu’à la dernière goutte. Mais demain, c’est la torpeur et les intérêts personnels qui reviendront. Les arguties dictées par l’opportunisme plutôt que par la raison. Les «je voudrais, mais je ne peux pas». Les guerres intestines, inutiles. Puisque nous vivons encore un moment de purification par le feu et de je-m’en-foutisme, laissez-moi le dire: chers journalistes, vous êtes vous aussi – et pas seulement les Azzurri – le «miroir du pays».
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article