[caption id="attachment_1478" align="alignright" width="300" caption="Michael Carpentier _ Flickr"]

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Aux États-Unis, le nombre de rédacteurs et de journalistes a été réduit d'un quart au cours des trois dernières années. Ce constat menace l'existence même de tout l'écosystème des rédactions, fortement interdépendantes. Les éditeurs doivent maintenant convaincre les lecteurs, qu'indépendance et qualité ne pourront pas être disponible gratuitement sur le long terme.
A l'occasion d'une récente
conférence organisée par le "Medienhaus" de Vienne, des experts du monde entier se sont entretenus sur l'avenir du journalisme lors de discussions enflammées et souvent teintées d'un optimisme béat.
Phil Meyer, figure de la recherche sur le champ journalistique aux États-Unis, place de grands espoirs dans les activités philanthropiques et la volonté de ses concitoyens à aider le secteur avec des dons. Des concitoyens qui devront assurer la survie du journalisme lorsqu'il ne pourra plus être financé par les revenus publicitaires des éditeurs comme c'est le cas aujourd'hui. On voit déjà qu'à l'avenir, la manne publicitaire ira d'abord à des moteurs de recherche comme Google et à des réseaux sociaux comme Facebook ou Youtube. D'autres marchés publicitaires, autrefois lucratifs, se volatilisent littéralement. C'est le cas des petites annonces, maintenant disponibles gratuitement en ligne.
Alan Rusbridger, l'un des pionniers du journalisme en ligne haut de gamme en tant que rédacteur en chef du
Guardian, espère qu'en dernier recours, les sites d'info qui souffrent pourront être subventionnés. Mais reste alors à décider si cet argent viendra de l'Etat (et des poches des citoyens qui croulent déjà sous les impôts), ou de la redevance audiovisuelle... lorsque les revenus traditionnels n'alimenteront plus la presse écrite.
Entretemps, le "Project for Excellence in Journalism" a estimé dans son nouveau
rapport annuel que les rédactions américaines ont perdu 15 000 journalistes au cours des trois dernières années. Cela représente plus d'un quart des emplois du secteur en 2007. Depuis cette date, les éditeurs ont économisé 1,6 milliards de dollars en coûts salariaux dans leurs rédactions.
Ne nous faisons pas d'illusions : cela menace l'existence de tout l'"écosystème" du journalisme, dans lequel même les meilleures rédactions sont dépendantes du travail de centaines d'autres. Des coupes si massives ne se laissent pas rattraper par des dons ou des subventions. Je ne peux donc qu'opposer à Meyer et Rusbridger mon propre optimisme :
Que les éditeurs arrêtent de mettre gratuitement en ligne le contenu qu'ils veulent continuer à vendre. Qu'ils reviennent enfin à la raison et essaient de convaincre leurs lecteurs qu'indépendance et qualité ne peuvent pas être disponibles gratuitement sur le long terme, comme le font
Le Monde et
Times en Europe. Même le mot "Paywall" (barrière de péage) est une absurdité : il ne viendrait pas à l'idée d'un fabricant de limonade ou d'un boulanger de parler de "barrière de paiement" juste parce qu'il attend une contrepartie appropriée et juste de son client pour la marchandise qu'il fournit.