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Dans le roman de Bram Stoker de 1897, Dracula était un érotomane en croisade contre les tabous et la pruderie de l'ère victorienne – amant et séducteur, suceur de sang, destructeur. En lisant des romans de vampires de nos jours, on a l’impression de feuilleter un roman-photo de « Jeune et Jolie ». Lydia Ewelin Benecke: C’est exact. Le beau vampire Edward Cullen de la série
Fascination n’est autre que l’incarnation du prince de conte de fées. Il est surnaturellement attirant, moralement supérieur et toujours préoccupé du salut de
l’âme de Bella, sa partenaire humaine qu’il passe son temps à tirer de situations épineuses.
Tout le contraire de Dracula, présenté comme un être égoïste, gouverné par ses pulsions, qui abhorre les valeurs chrétiennes et ne veut pas protéger Mina, mais plutôt la posséder. (...)
Quels sont donc les besoins qui animent les « fun-pires » de Fascination
et Twilight
? Lydia Ewelin Benecke: Par le passé, les vœux d'épanouissement personnel et de liberté sexuelle trouvaient leur expression dans les fantasmes autour de la figure amorale et désinhibée du
comte Dracula. Dans notre société actuelle, heureusement, même les femmes ont de nombreuses possibilités d'épanouissement personnel – au niveau professionnel comme du point de vue des relations et de la sexualité. L’autre face de la médaille, c’est que les amours ne durent souvent pas toute la vie et que le prince de conte de fées, garantissant dans une même mesure sexe, fidélité, romantisme et sécurité, est plutôt en voie d’extinction.
En considérant cela, on peut comprendre qu’un héros comme
Edward, qui maîtrise ses pulsions et qui ne pratique le sexe que dans le cadre d’une relation amoureuse légitime, interpelle davantage de lectrices que le sauvage Dracula – dont le style de vie passerait probablement totalement inaperçu dans n’importe quelle métropole actuelle. (…)
On pourrait penser que c'est tout à fait positif – sauf que l'auteure de Fascination, Stephenie Meyer, est une Mormone convaincue, qui a fait ses études à l’Université Brigham Young dans l’état mormon d’Utah. Une institution dont le « Code d'honneur » interdit entre autres les relations extraconjugales et homosexuelles. Lydia Ewelin Benecke: Effectivement, la famille
Cullen de la série Fascination vit en conformité avec les préceptes mormons. Le treizième article de foi des mormons résume cette morale comme suit : « Nous croyons que nous devons être honnêtes, fidèles, chastes, bienveillants et vertueux, et que nous devons faire du bien à tous les hommes (…) Nous recherchons tout ce qui est vertueux ou aimable, tout ce qui mérite l'approbation ou est digne de louange ». Ce style de vie des Cullen est en opposition directe avec celui des autres vampires, qui sont « méchants » et vivent leurs pulsions sans aucune considération pour les humains.
Les vampires de Fascination sont des figures stéréotypées, compartimentées rigidement en bons et méchants. Le message de Stephenie Meyer est typique pour sa foi mormone : les pulsions pécheresses doivent être contrôlées à l’aide de convictions morales fortes.
D’un autre côté, l’idée d’emballer des valeurs et des préceptes moraux chrétiens dans une histoire de vampire n’est pas si nouvelle. Même dans le
Dracula de Bram Stoker, les valeurs, normes et institutions de l’ordre social existant l’emportent en fin de compte : le combat contre les instincts refoulés est gagné en détruisant Dracula.
Cette traduction est une version abrégée par E-Blogs.
L’article complet (en allemand) peut être consulté ici.