Crise, crise, crise… Les mesures restrictives que le gouvernement a mises en place afin de réduire le déficit public, affectent directement tous les salariés de la santé publique, tout comme d’autre secteur comme l’éducation nationale.
La baisse directe de nos salaires (40% plus bas que ceux des pays autour de nous) ne va engendrer ni enthousiasme, ni l’envie de progresser, ou de s’impliquer dans les projets. Tout ce dont nous manquons en Espagne.
La stabilité de l’emploi n’est pas non plus une des caractéristiques de notre système de santé « qui est un des meilleurs du monde », au moins à Madrid, où sur la totalité des médecins généralistes, 28 % sont des internes et 5% des intérimaires, quand dans le milieu hospitalier 13% sont des internes et 22% des intérimaires.
Vous pouvez demander aux madrilènes à quel point la situation de l’emploi y est stable. La force du gouvernement n'est visiblement pas dans sa politique de recrutement.
Pour pallier les dépenses pharmaceutiques, le gouvernement a pris des mesures, dont j'aimerais maintenant commenter leur viabilité et leur pertinence.
Prescrire des médicaments à l'unité ou la médecine individualisée. La médecine individualisée, expression mieux adaptée à la réalité, vu que les « unidoses » sont administrées dans les hôpitaux et non dans la rue, représente une avancée conceptuelle et économique. C’est un sujet qui a toujours fait peur à tous les gouvernements. En 2003 la Loi « Médicament » devait l'incarner mais ni l’ancien gouvernement ni l’actuel, ne se sont préoccupés de la mettre en place. Évidemment, cela demanderait plus de travail aux pharmacies et c’est là que commencent les problèmes.
C’est si facile pour les médecins de faire eux-mêmes une remise, ouvrir leur tiroir-caisse, vous faire la facturette, « et maintenant, allez payer...» ! C’est l’opportunité idéale pour échanger l’ordonnance, électronique ou pas, contre une nouvelle réalité : nom des composants actifs, posologie et durée du traitement, le reste dépend du pharmacien, à chacun son travail ! Bien entendu on éviterait une multiplication absurde de paiements ; 20 jours d’antihistaminique, 28 jours d’antihypertensif et d’hypolipémiant, etc.
Paiement et facturation à l’unité et selon prescription. Vous commencez quand vous voulez.
Baisse du prix des médicaments non soumis à des tarifs de référence. La baisse du prix des génériques, qui a été décidée il y a peu, représente une mesure minime et concerne le secteur industriel le plus faible dont les prix sont les plus bas. Il y a de nouveau une baisse, parait-il linéaire et proportionnelle, en tous cas non discriminatoire. L’introduction d’un véritable financement sélectif permettrait d’en finir une fois pour toutes, avec ces baisses aléatoires des tarifs des médicaments, histoire de serrer de nouveau la vis au secteur pharmaceutique. Bien entendu, les fabricants ont leur mot à dire : on va stopper l’innovation, 20000 personnes vont se retrouver à la rue, etc. si un véritable investissement ajusté était mis en place, les règles du jeu seraient claires pour tout le monde et cela apporterait un peu de stabilité.
Si un nouveau médicament n’apporte pas le coût-efficacité adéquat, il ne sera pas financé, point barre. Si les médicaments similaires n’apportent rien de plus que leurs prédécesseurs, ils ne seront pas financés et c’est tout. Ainsi, l’industrie pharmaceutique financée par le secteur public serait-elle limitée, plus économique et plus juste. Il y aurait vraiment une concurrence entre les chercheurs (coût-efficacité) et non l’existence d’un financement automatique de nouvelles ou anciennes alternatives qui n’apportent pas de valeur clinique et ne font que grossir la facture – Il n’y a qu’à voir le stéroïde nasal, par exemple–. L’Espagne définirait un modèle de sélection et de financement clair, transparent et économique. On ne le percevrait pas, les prix baisseraient un peu et les dépenses seraient un peu moins importantes, mais la facture finale serait toujours élevée et inefficace.
Avec des mesures drastiques, même si elles sont impopulaires pour beaucoup, dont les patients, on obtiendrait au final des dépenses pharmaceutiques efficaces pour les besoins de la santé, et au passage, avec l’argent économisé, on pourrait investir pour améliorer la situation sanitaire. La situation sanitaire va bien plus loin que la dépense purement pharmaceutique, elle inclut par exemple mon salaire, puisque nous, travailleurs de la santé publique, nous ne faisons pas partie d’une ONG.
C’est pour cela, qu’aujourd’hui dans
Diario Médico on pouvait lire :
« Vicente Baos, de Eemfyc se montre un peu plus catégorique. Selon lui, il faudrait des mesures plus drastiques qui doivent passer par « la mise en place d’un véritable financement sélectif ».