
Puisque nous sommes un pays paradoxal, voici que notre Premier ministre,
le plus anti-parlementaire des 150 dernières années (certes après le Duce, mais c’est bien lui qui dit que "le parlement n’est qu’une perte de temps"), en appelle aux deux chambres : il ne démissionnera pas sans un vote de défiance.
La meilleure, c’est que
d’un point de vue constitutionnel, Berlusconi a parfaitement raison. En effet, c’est dans une démocratie "bien huilée" qu’un parti d’opposition
demande la démission de son Premier ministre. Mais nous savons que l’Italie n’est pas une démocratie normale, car ici, c’est un membre de la majorité comme l’est
Gianfranco Fini, qui
provoque cette démission. Et basta.
Or donc, non seulement le président de la Chambre des Députés s’emploie à faire tomber le gouvernement avec une lenteur exaspérante — l’affaire traîne en longueur depuis une année — mais il dit, du moins en apparence, être prêt à créer un autre exécutif avec un "nouveau Berlusconi".
Il faut renouer avec "l’esprit réformiste" (!), réécrire une "feuille de route" (!) et "provoquer une secousse" (!). Ceci posé, Fini est le premier à savoir qu’il n’y a aucune "secousse" qui tienne : il faut décider si
ce puissantissime phénomène sous-culturel et anti-politique appelé "berlusconisme" doit encore exister ou s’arrêter là. Par berlusconisme, il faut entendre : impunité, loi du plus fort, illlégalité, asservissement au chef, clientélisme louche, retard mental, mépris de la Constitution, fatigue de la démocratie, affaires personnelles et autres anti-valeurs du genre.
Gianfranco Fini, lui, joue à feindre qu’il n’en est rien, et donc que Berlusconi et son gouvernement correspondent à des catégories politiques normales, sujettes à médiation : modifiables, corrigibles et réformables.
Il agit probablement ainsi non pas parce qu’il croit à cette théorie — il connaît les berlusconiens mieux que nous tous — mais pour les forcer à se montrer tels qu’ils sont, et au grand jour, à savoir : inamovibles, incorrigibles et irréformables.
En fait, le duo Bondi-Cicchitto (dignes représentants du parti de Berlusconi, le PdL,
Ndlt) lui a immédiatement répondu peu aimablement — nous sommes loin d’une "secousse" — tandis que Gaetano Quagliariello (vice-président des sénateurs PdL,
Ndlt) a ajouté que le discours de Fini à Perugia avait de quoi "faire pâlir la Marche sur Rome", sans doute pour calmer les esprits ?
Et alors ?
Et alors, nous en sommes à la fin du 3e acte du berlusconisme. Le premier acte a duré 8 mois, en 1994-1995. Le deuxième, 5 ans, de 2001 à 2006. Et le troisième, sans doute le plus sombre et le plus violent, deux ans et demi (et des poussières).
C’est à nous à présent — nous seuls, mais nous tous — de nous retrousser les manches, partout et tout le temps, y compris au boulot, pour que le 4
e acte ne s’écrive jamais. Ce qui touche à sa fin, aujourd’hui, c’est vraiment honteux. Mais ça ressemble à Disneyland.
Ndlt : note de la traductrice