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Espagne : l'effritement du droit de grève



[caption id="attachment_1325" align="alignleft" width="300" caption="Foto de CNT, en Flickr. Licencia Creative Commons"][/caption]

Les médias espagnols ont tendance à criminaliser les grèves. C’est devenu à la mode de systématiquement affirmer que « les travailleurs ont raison de faire des revendications, mais pas quand ils se mettent en grève ». Précisément là où l’intransigeance et l’immobilisme des entreprises génèrent une radicalisation des protestations. Le slogan est là et bien là, même dans les colonnes de gauche.

Alors commence une manœuvre calculée d’adjectiviser la grève, de lui chercher les épithètes adéquates, et l’on retrouve des mots comme « sauvage » pour la qualifier, en caractères gras,  et même « otages » pour désigner ceux qui souffrent de ses conséquences directes, sachant parfaitement que la fragile opinion publique est perméable à ce type de systématisation par la réduction, et avale tout ce qu’on lui balance. Cette obsession lassante consistant à voiler un droit fondamental, peut-être le seul des travailleurs à être véritablement efficace, ne me surprend absolument pas.

En fait, ils sont démontés comme si l’état de bien-être n’était qu’un grand puzzle assemblé, sans qu’ils ne rencontrent d’opposition et ils n’allaient pas être condescendants avec l’arme la plus puissante qui soit entre les mains de la classe ouvrière. Quand il s’agit de défendre le système, tous les mécanismes doivent être convenablement graissés. Cependant, ceux qui pensent que les employeurs de ce pays ont cédé aux conquêtes obtenues grâce à des années de lutte ne connaissent pas bien l’histoire du mouvement ouvrier espagnol. La réalité du monde du travail est différente et ils ne le savent que trop bien.

Les entreprises sont, dans la majorité des cas, comme ces délinquants récidivistes qui, à l’heure de régler leurs comptes avec la justice, ont déjà un bel historique. Quand la faute dans un contrat vient de l’employeur, chose qui est plus fréquente que ce que l’on pourrait penser, cela ne soulève qu’à peine l’envie d’activer la machine juridique à notre disposition, sachant que le litige n’apportera pas de conséquences notables et que le temps joue contre le travailleur.

À Séville, pour ne pas aller plus loin, les réclamations aux Prud’hommes qui ne traitent pas de licenciements sont jugées dans un délai d’au moins un an et demi. Pendant ce temps-là, le travailleur doit subir, du mieux qu’il le peut. Quand la faute vient de l’autre partie, l’application de la sanction correspondante de la part de l’employeur est immédiate et toute la paperasse bureaucratique lui tombe dessus. C’est un serpent qui se mord la queue. Le pire de tout cela, c’est la réaction que ça provoque chez les gens, l’immense majorité des travailleurs, qui finit par en vouloir aux grévistes et déculpabilisent les employeurs qui ont pour règle de ne pas suivre les règles. Si on continue avec cette habitude, on finira par demander des droits au père Noël, parce que cette vieille tactique consistant à les conquérir nous-mêmes par la lutte nous sera enlevée, comme on le fait depuis que le monde existe.
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