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Football et nationalisme : en finir avec la peur du drapeau allemand



[caption id="attachment_2375" align="alignleft" width="287" caption="Photo Jorbasa/Barbara sur Flickr sous licence Creative Commons "][/caption]

Chez la plupart des Allemands de gauche et de centre-gauche, la multiplication des drapeaux noir-rouge-or dans les rues à l'occasion des Coupes du monde et d'Europe, depuis 2006, déclenche un certain trouble. Nous étions contents qu'il n'existe pas de vraie fierté nationale en Allemagne, que l'utilisation des drapeaux soit réduite à quelques événements officiels et qu'il ne serait même pas venu à l'idée de la plupart des gens de se maquiller le visage avec les couleurs nationales. Mais depuis 2006 tout cela a changé brusquement et les couleurs de la RFA sont maintenant aux deux grandes coupes de football [l'Euro et la Coupe du monde] ce que la bière est aux bistros. Bien entendu, des voix s'alarment de cette tendance, dangereuse selon elles, qui mènerait à un nationalisme chauvin qui - toujours d'après leur interprétation - nous a déjà menés à la première guerre mondiale. Je ne perçois pas ce danger.

Lorsque des supporters agitent des drapeaux, portent des maillots ou se maquillent le visage, ce n'est pas l'expression d'une nouvelle fierté nationale, et ce n'était pas déjà le cas en 2006. Les tentatives d'instrumentalisation ont échoué, la "chaude ambiance" ne s'est pas propagée dans le champ politique et n'a pu être associée à autre chose qu'au football. D'où la disparition rapide de ce kitsch noir-rouge-or après la fin des championnats. C'est un peu comme les fêtes du Nouvel An, mais prolongées sur une ou deux semaines : on commence à tirer des feux d'artifice un ou deux jours avant et on finit  les restes le 1er janvier. Ce n'est pas pour cela qu'on allume des pétards toute l'année. Le même phénomène se produit pour le culte du drapeau.

En fait, il s'agit là d'une mode, quoique très marquée. Le sentiment d'appartenance qui en découle est certainement très fort mais il ne dépasse pas le domaine du football. J'en veux pour preuve cette Coupe du monde placée sous le signe du noir-rouge-or, la troisième du genre. En aucune manière l'enthousiasme pour "Schland" (Deutschland) ne doit être assimilé à de l'enthousiasme pour  la République Fédérale ou son système politique. Toutes les tentatives d'instrumentalisation entreprises en 2006 et 2008 ont échoué. Par conséquent, l'ardeur fait défaut chez les hommes politiques cette année. Même Westerwelle (ministre des affaires étrangères) ne s'est pas abaissé à subitement singer le supporter de football et à aller en Afrique du Sud pour encourager la Mannschaft, ce qui faisait encore partie du programme obligatoire en 2006.

C'est pour cela que je pense que toute cette agitation autour du drapeau, à droite comme gauche, est nettement exagérée. Les Allemands ne deviendront pas "normaux", dans le sens où  les conservateurs entendent la normalité, ils ne transfèreront pas leur enthousiasme pour les symboles nationaux sur la poitrine des footballeurs  aux insignes sur les épaulettes des soldats, ils ne marcheront pas à nouveau au pas vers une nouvelle ère d'impérialisme. "Schland" est un pays imaginaire, dans lequel vivent la plupart des Allemands pendant deux semaines tous les deux ans,  ils y organisent une fête géante et laissent le nettoyage aux énervés de la rubrique des potins, tout en remisant la panoplie kitsch noir-rouge-or dans la cave.
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