[caption id="attachment_16074" align="alignright" width="307" caption="Photo : Trey Ratcliff, Flickr, sous licence CC"]

[/caption]
Ça y est,
Street View est enfin en ligne. Mon immeuble n'est pas flouté, malgré le jardin d'enfant au rez-de-chaussée, mais la maison que je vais visiter prochainement l'est.
C'est particulièrement moche. Depuis des jours, voir des mois, je me triture les méninges pour me forger une opinion. Je comprends très bien le
hochement de tête d'un Jeff Jarvis, je comprends la
colère de Michael Seemann et
l'action de Jens Best de photographier après coup les bâtiments floutés, ce qui par ailleurs est tout à fait légal. Malgré tout, je ne suis pas d'accord avec eux.
Don Alphonso a entièrement raison
avec sa thèse : l'approche de Google consistant à rendre tout et tout le monde transparent, ainsi que l'idée qu'on devrait forcer les opposants de Street View à accepter le service pour leur propre bien, sont totalitaires.
On ne s'enregistre pas volontairement chez Street View comme c'est le cas pour Facebook. La vie privée, c'est entre autre
le droit de chacun à être laissé tranquille — un aspect du problème peu évoqué dans le débat sur la perte de contrôle, ou pire, distendu jusque dans son contraire.
Les images de Street View ne sont pas de simples photos de touristes. Personnellement je n'ai pas de problème avec Street View — j'adore même ce service et je trouve que le floutage d'immeubles berlinois de 5 étages particulièrement ridicule. Par ailleurs je suis à la recherche d'un nouvel appartement et je trouverais pratique de pouvoir découvrir d'avance des immeubles sur Street View.
[caption id="attachment_16105" align="alignleft" width="217" caption="Caméra Google. Photo : Ian Britton, FreeFoto.com, sous licence CC"]

[/caption]
Mais tout de même : les défenseurs de Street View prétendent que c'est une forme d'espace public. Ça n'est pas le cas. Street View, c'est Google, ni plus ni moins.
Google peut décider à tout moment de changer les conditions d'utilisation du service, le rendre payant ou même le fermer. La façade d'un immeuble est bien évidemment publique et visible par tout le monde. Mais cela ne signifie pas qu'on ne peut pas arriver à des conclusions — vraies ou fausses — sur ma personne grâce à ces images, surtout dans les petites villes où les zones pavillonnaires photographiées sont d'une hauteur de trois mètres.
Finalement, chacun devrait pouvoir choisir de voir sa maison apparaître ou non sur Street View, tout comme chacun a la possibilité d'autoriser ou pas la publication de son nom dans l'annuaire. L'espace public reste inviolé — personne ne barre des rues et nous en interdit l'accès.
Même pas la peine de faire entrer en jeu le célèbre cambrioleur. Il s'agit ici d'une question bien plus importante. Ce sont bien la collecte de données à tout va, la possibilité de leur exploration ainsi que les tentatives répétées de l'État et d'entreprises de nous évaluer grâce à elles qui leur donnent (alors qu'elles sont à la base anodines) une tout autre valeur. Les images de Street View entrent dans cette catégorie. Chacun devrait pouvoir décider de la quantité d'informations privées qu'il met à disposition.
Ce que nous sommes en train de vivre sur la toile c'est que
la limite entre espace privé et espace public devient de plus en plus floue et il nous faut inventer un concept d'espace public plus nuancé et gradué.
Cela concerne également la façade de nos maisons. Je considère personnellement que Street View pose relativement peu de problèmes mais je respecte les avis différents et je demande aux gens qui partent en croisade pour photographier des maisons de faire preuve du même respect.
[caption id="attachment_16108" align="alignright" width="332" caption="Floutage sur Street View. Photo : stallio, Flickr, sous licence CC"]

[/caption]
À mon avis,
ce n'est pas aux habitants de devoir se justifier sur leur volonté de cacher leur maison, mais à Google et à nous autres "Netizens" de dire pourquoi ils n'en auraient pas le droit.
Les sensibilités esthétiques ne doivent pas entrer en compte.
Peu importe la raison des opposants, peut importe l'absence de loi contre Street View, l'objection à Street View est à respecter sans conditions. La manière qu'ont les opposants au floutage de s'opposer à la volonté des floutés a des traits de domination culturelle. Elle est arrogante et même totalitaire. Google a bien réagi en proposant de lui-même le compromis du floutage.
Les opposants sont maintenant sous le coup d'une suspicion généralisée, on les accuse d'avoir des choses à cacher. Ils sont insultés sur Twitter et traités de dingues, de petit-bourgeois ou même de
fascistes.
La manière qu'ont les "Netizens" de réagir face aux opposants à Street View montre la vraie nature de notre cyberculture. Une
éthique de la perte de contrôle développée par Michael Seemann demande bien l'apparition du cyber-surhomme filtrant de manière souveraine. Mais celui-ci n'apparaît pas. Si les cybercitoyens et les opposants à Street View n'arrivent pas à s'entendre, c'est bien nous qui ne sommes pas prêts pour Street View.
Ce billet est une version retravaillée et élargie du texte initial publié en allemand par ennomane.de Ça y est,
Street View est enfin en ligne. Mon immeuble n'est pas flouté, malgré le jardin d'enfant au rez-de-chaussé - la maison que je vais visiter prochainement l'est. C'est particulièrement moche. Depuis des jours, voir des mois, je me triture les méninges pour me forger une opinion. Je comprend très bien le
hochement de tête d'un Jeff Jarvis, je comprend la
colère de Michael Seemann et
l'action de Jens Best de photographier après coup les bâtiments floutés, ce qui par ailleurs est tout à fait légal. Malgré tout, je ne suis pas d'accord avec eux.
Don Alphonso a entièrement raison
avec sa thèse : l'approche de Google consistant à rendre tout et tout le monde transparent, ainsi que la l'idée qu'on devrait forcer les opposants de Street View à accepter le service pour leur propres bien, sont totalitaires. On ne s'enregistre pas volontairement chez Street View comme c'est le cas pour Facebook. La vie privée, c'est entre autre
le droit de chacun à être laissé tranquille - un aspect du problème peu évoqué dans le débat sur la perte de contrôle, ou pire, distendu jusque dans son contraire. Les images de Street View ne sont pas de simples photos de touristes. Personnellement je n'ai pas de problème avec Street View - j'adore même ce service et je trouve que le floutage d'immeubles berlinois de 5 étages particulièrement ridicule. Par ailleurs je suis à la recherche d'un nouvel appartement et je trouverai cela pratique de pouvoir regarder des immeubles par avance sur Street View.
Mais tout de même : les défenseurs de Street View prétendent que c'est une forme d'espace public. Ça n'est pas le cas. Street View, c'est Google, ni plus ni moins. Google peut décider à tout moment de changer les conditions d'utilisation du service, le rendre payant ou même le fermer. La façade d'un immeuble est bien évidemment publique et visible par tout le monde. Mais cela ne signifie pas qu'on ne peut pas arriver à des conclusions - vraies ou fausses - sur ma personne grâce à ces images, surtout dans les petites villes ou les zones pavillonnaires photographiées d'une hauteur de trois mètres. Finalement, chacun devrait pouvoir choisir de voir sa maison apparaitre ou non sur Street View, tout comme chacun a la possibilité de voir son nom publié dans l'annuaire ou non. L'espace public reste inviolé - personne ne barre des rues et nous en interdit l'accès.
Même pas la peine de faire entrer en jeu le célèbre cambrioleur - il s'agit ici d'une question bien plus importante. Ce sont bien la collecte de données à tout va, la possibilité de l'exploration de données ainsi que les tentatives répétées de l'État et d'entreprises de nous évaluer à l'aide celles-ci qui rendent à des données à la base anodine une tout autre qualité. Les images de Street View font parties de celles-ci. Chacun devrait pouvoir décider de la quantité d'informations privées qu'il met à disposition.
Ce que nous sommes en train de vivre sur la toile c'est que la limite entre espace privé et espace public devient de plus en plus floue et il nous faut inventer un concept d'espace public plus nuancé et gradué. Cela concerne également la façade de nos maisons. Je considère personnellement que Street View pose relativement peu de problèmes mais je respecte les avis différents et je demande aux gens qui partent en croisade photographier des maisons de faire preuve du même respect. A mon avis, ce n'est pas aux habitants de devoir se justifier sur les raisons de vouloir cacher leur maison, mais à Google et à nous autres "Netizens" de dire pourquoi ils n'en auraient pas le droit.
Les sensibilités esthétiques ne doivent pas entrer en compte.
Peu importe la raison des opposants, peut importante l'absence de loi contre Street View, l'objection à Street View est à respecter sans conditions. La manière qu'ont les opposants au floutage de s'opposer à la volonté des floutés a des traits de domination culturelle. Elle est arrogante et même totalitaire. Google a bien réagi en proposant de lui-même le compromis du floutage.
Les opposants sont maintenant sous le coup d'une suspicion généralisée, on les accusent d'avoir des choses à cacher. Ils sont insultés sur Twitter et traités de dingues, de petit-bourgeois ou même de
fascistes. La manière qu'ont les "Netizens" de réagir face aux opposants à Street View montre la vraie nature de notre cyber-culture. Une
éthique de la perte de contrôle développée par Michael Seemann demande bien l'apparition du cyber-surhomme filtrant de manière souveraine. Mais celui-ci n'apparait pas. Si les cybercitoyens et les opposants à Street View n'arrivent pas à s'entendre, ce sont bien nous qui ne sommes pas près pour Street View.
Ceci est une version retravaillée et élargie du texte publié par ennomane.de.