[caption id="attachment_7988" align="alignleft" width="300" caption="Photo : Sasha Wolff, Flickr, sous licence CC"]

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J’entends parfois des observations qui me laissent perplexes.
Par exemple, quand un ami — même bien intentionné — se demande
à quoi peut bien servir de continuer la lutte féministe, et comment, dans un monde où la violence est si généralisée, on peut véritablement la "particulariser" en instaurant une Journée Internationale (le 25 novembre) autour de la violence dont souffrent les femmes.
Je suis entièrement d’accord pour une dénonciation généralisée de la violence. Mais je n’ai jamais considéré que le féminisme n’ait été qu’une mince affaire — qui pourrait disparaître de lui-même — sans impacts forts, directs et fondamentalement explicatifs du monde où nous sommes.
C’est pour cela que je crois que dénoncer la violence faites aux femmes représente pour elles l
a revendication d’un monde où elles pourraient être plus libres, considérées comme égales, mais que cela représente aussi la dénonciation de toute la violence que ce système irrationnel génère envers les personnes les plus faibles (et donc l’immense majorité) dans une société qui se déshumanise dans une indifférence généralisée… parfois des victimes elles-mêmes.
Parce qu’il faut répéter encore et encore (jusqu’à ce que toute la société agisse et empêche cela), que le fait que
73 femmes aient péri en Espagne dans des conditions inadmissibles qui se répercutent et touchent également leurs enfants, est une violence intolérable envers les femmes.
Il y a violence physique mais aussi économique envers les femmes quand on voit que la crise a offert une grande "opportunité" aux finances et au patronat : la dissimulation plus aisée d’inégalités de salaires (
aux États-Unis par exemple), et plus encore quand la femme est noire ou hispanique. Ou encore quand on voit des réductions dans les prestations sociales, dans le système de santé, dans les "politiques amies des femmes", dans un ajustement de tensions qui n’est avantageux que pour les plus puissants.
[caption id="attachment_7992" align="alignright" width="328" caption="Tantini Kahindu, 16 ans, battue et violée par des rebelles hutus (AFP)"]

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Il y a violence aliénante envers les femmes lorsque le bon sens finit par considérer qu’il est acceptable et "normal" que dans certaines organisations religieuses, financées par des fonds publics, les femmes ne puissent pas avoir les mêmes opportunités et droits que les hommes.
Il y a violence quotidienne envers les femmes quand, dans le domaine de la santé, pour ce qui est de certaines maladies émergentes affectant particulièrement les femmes, elles ne peuvent pas disposer du traitement et de l’attention dont elles ont besoin, et que les femmes concernées sont a priori, trop souvent, mises sur des listes d’attentes infinies… ou affectées à des soins de psychiatrie… (on sait de quoi on parle !).
Ou quand on impose des limitations à la loi sanctionnant le droit à l’avortement, ou encore si l’on retire les protections de la femme
en ridiculisant ou interdisant le droit à l’utilisation de préservatifs… Il s’agit de violence envers les femmes quand d’un point de vue "politique" et "culturel" une personne comme
Berlusconi, avec toutes ses déclarations machistes sur la femme, préside l’un des pays d’Europe; une Europe "cultivée" et "avancée". Et quand ses déclarations misogynes sont considérées comme entrant dans le domaine de la "
littérature" ou de "
conversations privées".
Il s’agit de violence envers les femmes quand
le viol est considéré comme arme de guerre et utilisé de façon sadique sans qu’aucune autorité mondiale ne fasse rien de sérieux pour l’en empêcher. Ne lisez rien que ces quelques lignes de l’une des presque 300 femmes violées une même nuit dans un village congolais :
Ils m’ont emmenée derrière la maison, m’ont mise nue et m’ont jetée au sol. Je pensais que j’allais mourir.”
C’est le récit d’Anna Burano, 80 ans, une des 284 femmes violées une nuit de juillet dernier par des rebelles hutus et des miliciens à Luvungi, à l’Est de la République Démocratique du Congo (500 viols selon l’ONU dans les derniers jours de juillet).
Et il s’agit également de violence envers les femmes, tirant à son paroxysme, quand dans certaines villes du monde,
le féminicide est une pratique répétée et impunie, au désarroi de toutes les femmes et de la société entière.
Le récit suivant est celui de
l’histoire du féminicide à Ciudad Juarez, qui a pour but de présenter au monde entier l’exposition
400 femmes : portraits d’artistes qui dénoncent les assassinats et disparitions de Ciudad Juarez, au Mexique. Une exposition qui montre comment "se sont développées" au fil des années, des méthodes criminelles restées impunies :
Durant les années 90 (du XXe siècle), et jusqu’en 2006, les victimes étaient jeunes, la majorité d’entre elles avaient de 14 à 22 ans, elles travaillaient dans les usines qui exportaient du textile et des pièces électroniques aux États-Unis. Cheveux noirs, jolies, de familles pauvres. Ils les séquestraient pour les violer, les torturer, les étrangler et ensuite cachaient sommairement leurs corps afin qu’ils soient retrouvés.
En 2007 et 2008, le schéma est différent, les corps des jeunes filles disparaissent. En 2009 et cette année, ils changent encore de méthode, sûrement parce que la violence s’est accrue dans le coin.
Maintenant, les corps des filles réapparaissent avec du scotch sur la bouche et les yeux, et le cadavre a les mains liées. Comme si les coupables voulaient laisser leur marque, transmettre un message à leurs ennemis et créer un climat de terreur au sein de la population.
Il y a eu plusieurs variantes au cours des derniers mois. Beaucoup sont décapitées et leurs têtes déposées près du corps. D’autres portent des sacs plastiques sur la tête afin de prouver qu’elles sont mortes d’asphyxie.”