[caption id="attachment_1098" align="alignleft" width="199" caption="Crédits : Daniel Kruczynski http://www.flickr.com/photos/29759986@N03/"]

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Lena Meyer-Landrut a réussi. "Nous sommes Eurovision". Mais le vrai vainqueur est Stefan Raab*, l'animateur qui a découvert Lena. Bien que la sympathie de l'Allemagne aille à la lycéenne de 19 ans, c'est bien cet homme de médias omniprésent qui est la force vive du spectacle. Il a réussi à faire d'une ado extravertie la nouvelle incarnation de l'authenticité ou tout du moins de la franchise.
Mais quels sont les piliers de sa stratégie qui ne veut pas être reconnue comme telle ? Lena paraît vraie, naturelle, sans fard. Elle peut être impertinente, timide, excentrique, fatiguée - sans fil directeur apparent. Et pourtant il existe : ne surtout pas paraître calculatrice. Toujours agir instinctivement : tel est le conseil que Raab a dû donner à sa protégée. Elle n'essaie pas d'être toujours belle, elle fait des grimaces et lorsqu'elle a honte, elle le montre.
Les téléspectateurs ont l'impression de voir la vraie fille d'à côté. Pourtant ils ne connaissent pas Lena. Elle ne transmet pas l'image d'un caractère admirable mais celle d'une vraie personne dans la vraie vie. Et cela justement là où on l'attend le moins : dans le plus grand spectacle médiatique du monde. Le journal Tagesspiegel l'a formulé très justement :
"Ce plébiscite de la spontanéité un peu gauche, de l'inachevé, semble d'autant plus étonnant qu'il prend sa place dans un contexte extrêmement formaté."
Cette proximité a joué un rôle important pour gagner les cœurs. Lena laisse les gens prendre part à son succès, à sa nervosité, à sa joie et à ses incertitudes.
C'est la projection parfaite de la nouvelle Allemagne. C'est du moins le sentiment d'une grande partie de l'opinion. En vérité, ce ne sont que des morceaux choisis qui sont livrés aux médias. Et ils sont choisis de manière si ciblée que même les scandales de petite ampleur sont pardonnés, comme par exemple l'apparition de la jeune femme dans plusieurs émissions de qualité plutôt douteuse (avec, en prime, un peu de peau dénudée).
Au contraire : les gens apprécient qu'elle ait le courage d'assumer ces choix.
On ne trouve pratiquement pas d'informations sur la vie privée de Lena, notamment sur sa famille. Même si le tabloïd Bild a fait des recherches dans son entourage proche, ces faits se perdent dans le flot d'informations contrôlées. Elle ne réagit même pas aux questions d'ordre privé, si ce n'est d'un "nan" impertinent. Peu de gens s'en offensent. Ils ont l'impression que de toute manière, ils connaissent déjà la Lena "privée".
C'est le principe Obama qui est appliqué : les fans reçoivent tant d'informations sur divers thèmes qu'ils ne prêtent même pas attention à tout ce qu'on leur cache. Mais bien entendu, Lena a un excellent tuteur : Stefan Raab a lui même perfectionné cette technique dans son rapport aux médias. On peut le voir presque tous les soirs à la télé, il crée régulièrement ses propres évènements comme la coupe du monde du Wok et la plupart des Allemands le décriraient probablement comme un type normal, proche des gens. Mais en vérité on ne sait pratiquement rien de lui. Sans qu'on s'en aperçoive, il cache astucieusement sa vie privée aux médias.
*Note de Karolin, éditeur E-BLOGS en Allemagne :
Stefan Raab, animateur, humoriste, musicien et producteur, est un pilier du paysage médiatique outre-Rhin. Il a produit le concours de chant destiné à élire le représentant de l'Allemagne à l'Eurovision 2010.