[caption id="attachment_990" align="alignleft" width="300" caption="Reproduite sous licence Creative Commons : Margot Käβmann par evangelisch / Flickr"]

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Au fond, on se demande si cela vaut la peine qu'on s'y intéresse. Il y a des sujets bien plus importants, comme par exemple l'acte de piraterie d'État tout juste commis par Israël. Il y a aussi la participation allemande à la guerre en Afghanistan, le niveau toujours très élevé du chômage, la crise financière et économique... Partout, des situations d'urgence. On peut maintenant ajouter à cette liste une véritable "crise politique". En effet, le pays est maintenant représenté par intérim par le Maire de Brème et actuel président du Bundesrat Jens Böhrnsen.
C'est une première dans l'histoire de la République fédérale. Jamais depuis 61 ans, un président de la République n'a démissionné comme cela, du jour au lendemain. La situation est donc sans précédent et il se pose maintenant la question du pourquoi. Pourquoi le chef de l'État démissionne-t-il de cette manière, sans tambour ni trompette ? Sa seule explication : d'après lui, sa fonction n'a pas eu le respect qu'elle méritait. La raison serait donc la critique de la part des médias suite aux propos controversés de Köhler, comme le prétendent les médias eux-mêmes ? Ou alors les raisons de sa démission vont-elles bien au-delà, comme le prétendent certains blogueurs politiques ? Peut-être est-ce même un retrait calculé afin de retrouver son domaine de prédilection, à savoir les questions économiques ? Cela semble improbable pour deux raisons. Tout d'abord, Horst Köhler aurait pu rester dans ce secteur dès le départ. Ensuite, il n'est plus tout jeune. L'explication donnée par certains médias, qui le jugent tout simplement trop susceptible, semble donc la plus vraisemblable.
Ce qu'a fait Köhler ensuite, c'est de se mettre à l'abri dans un canot de sauvetage, la critique à son égard devenant trop forte. C'est difficilement pardonnable : le capitaine ne quitte pas le navire en détresse alors que les passagers sont toujours à bord. Sur la terre ferme, le terme approprié serait "désertion". En mer, il n'y a pas de terme adéquat, mais "marin d'eau douce" s'en approche. Suite à ses propos controversés et à la critique qui s'en est suivie, le président a donc officiellement choisi la bravoure et est allé chercher son salut dans la fuite. Il laisse derrière lui un pays de plus en plus déconcerté qui doit faire face à de nombreux problèmes - ne parlons pas du gouvernement, déconcerté depuis longtemps. L'affaire ne devrait pas nuire à Horst Köhler : dans le flot des actualités, l'opinion oublie vite les dérapages des uns et des autres. Mais la RFA se trouve devant un nouveau problème : qui doit la représenter à l'avenir ? Qui pourra (tant bien que mal) rassembler le peuple derrière lui ?
La liste des candidats potentiels est longue. Ursula von der Leyen semble être la favorite de la CDU, mais le choix du peuple est tout autre : on évoque l'ancien soixante-huitard Joschka Fischer et l'ex-dirigeante de l'église protestante Margot Käβmann. Chacun des deux est crédité de plus de 21% des voix dans un sondage qui semble bien refléter l'humeur du pays. Toutefois, puisque la majorité va soutenir un candidat de l'union conservateurs/libéraux, le duel entre ces deux figures populaires n'aura pas lieu. Au passage, il est scandaleux que Fischer, ancien ministre des Verts, jouisse encore d'un tel crédit au vu de sa rhétorique guerrière et de sa participation au projet de gazoduc Nabucco.
A l'inverse, un match entre "Ursula-censure" von der Leyen et "Maggie" Käβmann pourrait s'avérer intéressant. La candidate de la caste politique contre celle du peuple – ça aurait de la gueule. Au premier abord, on pourrait y voir un affrontement entre "ultrapolitique" et "apolitique". Mais ce n'est pas si simple : Ursula von der Leyen n'est finalement pas très engagée politiquement, et "l'évêque qui boit" n'est pas si neutre qu'on le croit. Ce qui distingue les deux femmes (mises à part quelques valeurs fondamentales), c'est que Mme Käβmann a fait une erreur, l'a reconnu et en a tiré les conséquences. En d'autres termes, elle assume jusqu'au bout. C'est exactement le genre de qualité qui fait défaut à Horst Köhler. Ce dernier a rendu son tablier du jour au lendemain, mais il ne s'est jamais montré à l'écoute ni ouvert au dialogue. Au lieu de ça, il s'est raccroché à ce qui semble être la politique – plus ou moins explicite – des toutes les équipes gouvernementales de ces dernières années : la légitimité de la bataille pour les routes commerciales, les ressources et les débouchés. Cette rhétorique a été formulée par les think tank allemands dès les années 90 puis remâchée dans divers "livres blancs". Elle n'est rien d'autre qu'une réédition de la bonne vieille "diplomatie de la canonnière", une résurrection du colonialisme qu'il nous faut combattre sans relâche.