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Religions et idéologies : les limites de la démocratie

[caption id="attachment_8307" align="alignleft" width="300" caption="Manifestation contre la mosquée de Ground Zero à New York. Photo : Asterix611 (Flickr) sous licence CC"][/caption]

Le virulent débat qui a eu lieu lors de la menace de brûler des livres, ainsi que les violentes protestations et manifestations qui se sont déroulées en réponse à une telle menace ont donné lieu à des réflexions le plus souvent déplacées (on en a parlé ici ou , et encore ailleurs).

Outre le fait d’avoir été répandues volontairement ou non, ces réflexions sont de vrais et purs mensonges. En langage savant, on parlerait de faux idéologues. Je tiens à poser ici une réflexion, qui m’attirera peut-être les foudres de nombreuses personnes, mais qui pourrait aussi inciter à une vision "transversale" de certains faits. Pardonnez-moi, mais ça demandera plus de 30 secondes.

Cela fait plus de dix ans que l’on entend parler de la fable d’un "conflit de civilisation" qui verrait s’opposer Islam et Occident, entités qui ne sont pas à proprement parler des "grandeurs homogènes". Nous avons répété à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas croire à ce conflit.

Mais essayons de modifier la terminologie et de parler plutôt d’un "conflit d’idéologies". Par idéologie, il faut comprendre un ensemble complexe de valeurs et de schémas intellectuels qui enveloppent et portent le vrai conflit, dont la nature est généralement politique et/ou économique. Il ne fait aucun doute qu’au temps de la guerre froide par exemple, le conflit ait été principalement politique entre les deux blocs qui dépendaient des USA et de l’URSS. Mais il y avait également une forte opposition idéologique — le capitalisme contre le socialisme — dont la portée a été quasi planétaire.

Je cherche à introduire ici l’idée que les religions peuvent assez souvent se transformer en idéologies. C’est dans cette optique que surgissent également des conflits entre idéologies religieuses.

Maintenant, quelle est l’idéologie que l’Occident serait en train de combattre (au moyen d’une quelconque autre idéologie) ? À mon avis, les idéologies qui caractérisent le soi-disant "Occident" sont le capitalisme et la démocratie représentative (avec son cortège de droits humains et civiques).

Concentrons-nous sur un aspect de ces idéologies : la liberté d’expression. Pour les démocraties occidentales, il s’agit pratiquement d’un dogme. Un dogme avec ses exceptions, car il arrive que l’idéologie dominante interdise ou s’oppose à l’expression d'une idéologie adverse. Un dogme avec ses contradictions (pensez à une sorte d’énoncé G de Gödel : est-il théoriquement possible d’exprimer une opinion sacrilège envers le dogme lui-même ?). Mais le dogme reste une valeur indiscutable et incontestable.

Cela se reflète, justement, dans la liberté d’expression religieuse, devenue "sacrée" elle aussi. Et ça génère une prolifération incroyable et incontrôlable d’églises "autocéphales" — pour employer un terme de l’orthodoxie chrétienne — à des niveaux divers. J’ai par exemple essayé de compter les sectes d’inspiration chrétienne nées et répandues aux USA durant les deux derniers siècles, mais c’est pire que de compter les moutons. Il est important de relever que si la somme de ces églises représente un pourcentage important de ceux qui se définissent comme chrétiens, il est rare que chacune d’elle représente 1 % de la population américaine.

Je dois ici ouvrir une parenthèse historico-religieuse. La prolifération des églises "personnelles" est un effet de la réforme protestante du XVIe siècle. Mais peut-être pas. Il est possible de soutenir l’idée qu’un christianisme qui rende un unique corps apte à juger et à interpréter (les Écritures) — c'est-à-dire un clergé hiérarchisé et sacralisé — ait été exclusivement réservé au catholicisme romain. Aucune des autres religions monothéistes ne connaît cette situation. Pas même le judaïsme (depuis la destruction du Temple, il n’y a plus de "prêtres" mais seulement des "maîtres") ni l’islam (qui n'a que des imams ou des cheikhs). Sur le plan humain, ces religions sont par nature profondément démocratiques.

Mais venons-en au fait : la question est "combien y a-t-il de pasteurs Jones dans le monde, et quelle est leur influence ?" (voir ici)

C’est une bonne question, mais elle contient une dose de rhétorique qui déforme la perspective. Car il y a aux USA de nombreux "pasteurs Jones" qui sont à la tête de leur église personnelle et qui peuvent exprimer leur religiosité grâce aux libertés démocratiques (et fiscales) garanties par le "régime démocratique". Pour d’autres raisons, l’islam a lui aussi des myriades d’imams et, d’une certaine manière, de madhhabs (en plus des quatre officielles). Dans l’islam, en fait, la liberté d’expression religieuse est une vaste notion. On peut dire qu’elle a les mêmes limites que la liberté d’expression dans les démocraties (autrement dit, il suffit qu’il n’y ait aucun blasphème). Dans ce cas également, la force d’une "école" (ou courant) dépend fondamentalement du nombre de disciples qu’elle réussit à rassembler autour de l’idéologie qu’elle prône.

Idéologie, dans ce cas, et non pas religion au sens strict. Il s’agit parfois d’idéologies violentes, sectaires, exclusives, millénaristes ; mais parfois elles sont profondément spirituelles, populaires, pacifiques et réformistes.

Combien sont-ils, les disciples des différents "pasteurs Jones" dans le monde occidental et le monde islamique ? Ils sont probablement peu nombreux, par rapport à ceux qui se reconnaissent dans d’autres courants ou autres églises (ou madhhabs) plus importants. Mais ceux que l’on entend le plus, allez savoir pourquoi, sont les plus extrémistes.

Il semble que l’une des conséquences de ce raisonnement soit que "la démocratie, ou la liberté d’expression génère des extrémismes". Attention à l’étape suivante.

Il y a pourtant un autre type de "pasteurs Jones", produit non pas par l’idéologie démocratique mais par l’idéologie laïque. Elle m’inquiète plus que les autres, précisément parce qu’elle est laïque, et donc sans la protection de la sacralité religieuse. C’est pour cela qu’elle réussit à apparaître comme plus claire et plus logique. C’est cette idéologie qui fait référence aux racines culturelles, ethniques et souvent raciales. Elle transforme les conflits idéologiques en "combats de civilisations". Mais je m’arrête là et je vous laisse le soin de l’identifier.
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D
@Mark Lien<br /> Pardonnez moi si ma résponse est en italien, puisque mon français c'est terrible...<br /> Il mio intento era quello di spostare il discorso dal piano religioso a quello ideologico.<br /> è vero che i movimenti politico-religiosi che lei ha citato sono radicati in realtà locali e sono generati da situazioni post-coloniali. Ma è anche vero che negli ultimi 15 anni è emersa in alcuni gruppi (sicuramente minoritari) un'ideologia globalizzata e transnazionale a sfondo islamico che si può definire "anti-occidentale" ("l'occidentalismo" come lo definirono A.Margalith e I.Buruma) o "anti-crociata".<br /> Cosa ben diversa da una "ideologia musulmana" omogenea alla quale non credo nemmeno io.<br /> <br /> Il fatto che questa ideologia "anti-occidentalista" sia minoritaria ll'interno dell'islam non toglie che esista.<br /> Esattamente come in Occidente esistono ideologie (purtroppo sempre meno minoritarie in Europa) anti-islamiche, razziste etc. <br /> La mia osservazione è che tutte queste correnti di pensiero estremiste si sviluppano anche grazie a -- o a dispetto di -- una certa "libertà di espressione" presente sia nel sistema di pensiero democratico che in quello islamico.<br /> merci<br /> darmius
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M
Bonjour, <br /> <br /> Je ne suis pas d'accord avec votre analyse. Pour la simple raison que l'on ne peut pas faire une analyse duale de ces deux acteurs, que ce soit pour l'idéologie ou pour la religion. <br /> <br /> Pendant la guerre froide, il y avait deux blocs qui s'affrontaient avec des centres politiques et économiques par lesquels tout passait. Le monde musulman ne peut pas prétendre à une telle unité avec ses centres de décisions nombreux et éclatés, avec des sources de financement complexes qui impliquent parfois des puissances occidentales. <br /> <br /> Au mieux, je trouve que l'analyse colonialiste pourrait être utilisée pour comprendre un mouvement d'émancipation d'un certain monde contre un autre. Bien qu'il y ait des groupuscules transnationaux qui se battent pour une certaine "idéologie", ils n'en sont pas moins ultra-minoritaires par leur nombre et leur influence. "L'occident" craint des groupes qui eux ont des objectifs purement nationaux, bien qu'ils aient des capacités de projection internationale. Le Hezbollah dit se battre pour libérer les fermes de Shebaa appartenant au Liban; Le Hamas poursuit une lutte armée pour jeter Israël à la mer et réclamer la Palestine; les frères musulmans en Egypte sont nés contre la colonisation anglaise et poursuivent une activité sociale dans le pays et dans d'autres pays du Maghreb.<br /> <br /> D'ailleurs pour en revenir à l'idéologie musulmane, elle n'est pas homogène loin de là. Avec les différentes écoles sunnites, le chiisme et les ibadites, on passe par des pensées libérales aussi bien que conservatrices en passant par des concepts traditionnels.
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