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Un alpiniste espagnol meurt à l'Annapurna... pour combien de sherpas ?


Le nom d’Edmund Hillary te dit quelque chose ? Sûrement : il est l’homme qui figure dans les annales de l’escalade pour avoir été le premier à atteindre le sommet de l’Everest.

Et Tenzing Norgay, ça te parle? C’est peu probable : c’est le Sherpa qui « l’accompagnait », ce qui veut dire qu’il a fait le gros du travail pour que son patron en porte la gloire.

Si tu t’intéresses à l’escalade, peut-être que le nom du « sherpa d’Edmund Hillary » te dira quelque chose, mais de combien d’autres Sherpas pourras-tu citer le nom ?
Combien comparé au nombre de montagnards occidentaux ?

Voilà ce que sont les sherpas : habitants de l’Himalaya, employés domestiques anonymes de montagnards occidentaux en quête de gloire.

Il y a quelques jours un majorquin du nom de Tolo Calafat est décédé sur l’Annapurna après l’avoir gravi. Les informations que j’ai pu en lire sont un peu décousues mais la façon dont les montagnards (et les médias) traitent leurs sherpas comme des subalternes, quand ce n’est pas comme des bêtes de charges à peine humaines, m’a toujours étonné.

J’ai eu du mal à trouver son nom, mais un des deux sherpas de l’expédition s’appelait Sonam, il est parti du campement de base, seul, à la recherche de Calafat, deux heures seulement après être revenu de la très dure ascension du sommet. « Nous avons envoyé un Sherpa avec une tente, de l’oxygène et de la nourriture » a dit un montagnard interviewé à la radio, un peu comme s’ils avaient envoyé un paquet par la poste.

Aucun des occidentaux de l’expédition n’a été capable d’une telle bravoure, et je ne crois pas que les autres auraient laissé faire un acte aussi suicidaire. Sonam a passé presque 12 heures perdu, seul, et il a été donné pour mort.

L’autre sherpa, qui s’appelait Dawa, a passé la nuit auprès du montagnard mourant, à la belle étoile, au milieu d’une terrible tempête de neige, à lui tenir compagnie.

Aucun des deux ne sera vu comme un héros, c’est sûr. Si cela avait été un occidental, plutôt qu’un sherpa, qui avait risqué sa vie dans un de ces deux exploits, il est probable que déjà, des politiciens se joueraient des coudes pour être pris en photos avec le surhomme, et un maire aurait déjà renommé une place en son honneur, car cela incarnerait l’éthique du sport, l’entraide dans des conditions extrêmes, la solidarité jusque dans les circonstances les plus dures et allez savoir quoi d’autre.

Mais un sherpa non. Les sherpas sont, apparemment comme les montagnes : éternels et immortels. Ils ne sont que des éléments sans intérêt mais indispensables à la gloire du montagnard. Comme les montagnes, et comme elles, ils sont bien au-dessus du bien et du mal.

Sonam et Dawa, après avoir risqué leurs vies pour leurs patrons, ont démonté le campement et ont redescendu l’Annapurna à pied. L’hélicoptère ? Pour les blancs seulement, pour les grands héros de l’alpinisme.
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