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Dire non au discours raciste français

[caption id="attachment_8429" align="alignleft" width="284" caption="Photo : David Rumsey, Map Collection, sous licence CC (Google)"][/caption]

Bien que je m’identifie comme britannique — parce que j’ai toujours vécu en Grande-Bretagne — j’ai la double nationalité et je pourrais jouir des avantages qu’offre la citoyenneté française si j’en faisais la demande. Jusqu’à tout récemment, je n’ai jamais pensé qu’il existait la moindre tension entre mes côtés britannique et français ; que je pouvais vivre heureux dans un pays comme dans l’autre.

Je ne pense plus que ce soit le cas.

Quelque chose ne va pas du tout en France, et je crains que cela n'aille en s'aggravant. Pour parler franchement : la politique française est en train de se "racialiser" à un point tel — une racialisation tendue et agressive — qu’il est urgent de se demander ce qui va en découler.

Cette déclaration doit être nuancée. Les origines de la politique de la France, de même que son histoire, sont très différentes de celles de la Grande-Bretagne. Alors que (pour simplifier au maximum) la citoyenneté britannique repose principalement sur l’obéissance à la loi, le paiement des impôts et une existence productive mais finalement privée, la nationalité française, elle, est enracinée dans une tradition républicaine née de la révolution et de bouleversements sociaux réguliers.

La nationalité française — du moins, aux yeux de nombreux Français — fait peser de plus grandes exigences sur l'individu. Il faut se conformer à certaines valeurs fondamentales de la République, qui elle-même offre la liberté et la protection permettant aux citoyens d'être des citoyens (précisément opposer au fait d’être des sujets). Mais les citoyens français ne sont pas simplement des citoyens, ce sont des Français.

Couplé à cela, il faut mentionner une expérience historique propre à la France, qui remonte à 1789 et à la rupture révolutionnaire d’avec l'Ancien Régime. La stricte (du moins en théorie) séparation de l'Église et l'État constitue un autre fait particulièrement important, car cela signifie qu’un engagement envers la France exige que la religion lui soit subordonnée. Mais la décolonisation d’après-guerre constitue une expérience plus importante encore. Alors que la Grande-Bretagne a peut-être souffert d’un certain stress suite à la lente disparition de son empire colonial, l'expérience française de la décolonisation a été positivement traumatisante.

La perte de l'Algérie en particulier — après une guerre civile brutale et sanglante  — n'a toujours pas été complètement digérée. Et les grandes communautés d’Arabes musulmans nord-africains (parmi lesquels le chômage et la criminalité sont statistiquement beaucoup plus élevés) apparaissent comme un rappel interne permanent de l'humiliation et du déclin postcoloniaux de la France.

Pourtant, ces quelques points essentiels précisés, la politique résolument raciale affichée par la France demeure profondément préoccupante. Comme chacun doit le savoir, la décision du gouvernement français concernant l’expulsion "volontaire" des communautés Roms a fait la une de la presse internationale. Le président Sarkozy et ses ministres n'ont pas apprécié que l’UE assimile leurs actions à celles du Régime de Vichy et à la déportation des juifs vers les chambres à gaz nazies. Mais c'est en partie à cause du déni de responsabilité d’une France collabo dans les années 1940 — le gouvernement fasciste étant une caractéristique importante de la reconstruction psychologique de la France d'après-guerre.

Cela dit, l'expulsion des Roms est un acte choquant, précisément parce qu'il reflète la politique officielle du gouvernement. L'administration Sarkozy, depuis longtemps déjà, détourne les critiques nationales et combat la chute dans les sondages en ouvrant le feu sur n’importe quel groupe minoritaire impopulaire — comme les musulmans et les Arabes pourront facilement en témoigner. Mais cette expulsion officielle, fondée sur des critères raciaux, seulement 70 ans après la complicité française dans l'Holocauste, devrait se révéler une politique largement couronnée de succès pour un gouvernement de droite pourtant impopulaire, et devrait donc tirer la sonnette d'alarme.

Pourtant, l’expulsion des Roms est le dernier développement dans l'intégration de la politique raciale en France. Ce graffiti — griffonné dans le métro parisien — résume tout :



Le "jeunes de "banlieue" fait référence à l'émeute de 2005 qui a éclaté après que la police ait acculé deux jeunes parisiens jusque dans un transformateur électrique, où ils ont tous deux été électrocutés. Dans une ville où la brutalité policière envers les magrébins est notoire, la révélation que les garçons étaient originaires d'Afrique du Nord a mis le feu aux poudres — peu de temps après que Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, ait traité de "racaille" les jeunes parisiens mécontents.

Pourtant, le gouvernement Sarkozy d’après 2007 a réagi aux tensions raciales en intensifiant sa politique ségrégationniste de droite, empruntant des méthodes au Front national fasciste. L'interdiction aux musulmanes, cet été, de porter le voile intégral était clairement une attaque envers les communautés arabes minoritaires, dissimulée derrière la tradition de laïcité française. Mais la normalisation du discours racial en France est gênante pour une autre raison. Il est apparemment tout à fait acceptable pour les opposants de gauche à la politique de Sarkozy de tenter de réfuter l'affirmation selon laquelle les musulmans ne sont pas suffisamment "intégrés" en les comparant avec des Juifs prétendument non-intégrés. Je ne peux imaginer la possibilité d’un dialogue politique acceptable en Angleterre affirmant que les juifs "gèrent tout", "ne se marient qu’entre eux et excluent tous les autres en ne s'occupant que de leurs semblables", "et qu’ils ne sont pas intégrés", mais "jouissent de privilèges spéciaux parce que de nombreux personnages influents sont juifs".

Même si ces remarques sont faites pour tenter de démontrer que les attaques du gouvernement envers les musulmans n'ont rien à voir avec la laïcité française et tout à voir avec le racisme, la normalisation des discours raciaux sur fond d'Holocauste est profondément troublante.

Il est important de savoir raison garder. La France n'est pas près d'un Harmaguédon racial. Mais les temps sont difficiles. Confrontée à un taux de chômage de 10 %, avec des chiffres beaucoup plus élevés pour les jeunes et les personnes issues de minorités ethniques, la France fait déjà face à des difficultés économiques. Comme d'autres pays industrialisés, elle est susceptible d’affronter de graves problèmes dans un proche avenir, ce qui ne peut qu'exacerber les tensions sociales.

L'histoire montre qu’on ne peut pas vaincre la politique de l'extrême droite en cédant aux exigences de ses partisans. Ceux qui reproduisent une politique d'extrême-droite voient les partis d'extrême-droite conseiller aux électeurs de se débarrasser des "copies" au fur et à mesure que la politique de haine et de division se normalise. La France a déjà vu le leader fasciste Jean-Marie Le Pen parvenir jusqu’au tête-à-tête final d'une élection présidentielle (en 2002). Mais c'est pourtant la tendance actuelle du gouvernement de droite de Sarkozy d'expulser les populations ethniques non désirées, et d’ouvertement diaboliser la communauté ethnique arabe pour renforcer son capital politique.

Où cela va-t-il s'arrêter ?

Dire non.
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Commenter cet article
S
Tissu de lieux communs avec les traditionnelles simplifications sur le passé colonial, la guerre de 1940 et la police qui tire sur les immigrés...<br /> <br /> Discours purement émotionnel qui en tient compte ni des faits ni du contexte. <br /> <br /> "elle est susceptible d’affronter de graves problèmes dans un proche avenir, ce qui ne peut qu’exacerber les tensions sociales". Et réciproquement?<br /> <br /> Quand à " discours raciaux sur fond d’Holocauste est profondément troublante", je crois que vous vous écoutez trop. N'est pas Voltaire qui veut...
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R
Pardon? Peux-tu apporter des arguments?
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A
Le seul intérêt de ce post est de bien montrer ce que croient savoir beaucoup qui se sentent aptes à décider pour les autres. Affligeant.
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R
Malgré le fait que ce texte relève certaines vérités (par exemple le rapport français à la nationalité), il est plein d'amalgames totalement farfelus, et contribue à une atmosphère de "déclin" qui est très tendance en ce moment.<br /> <br /> Bien que moi même opposé à la politique actuelle de terreur et de répression envers les immigrés et les personnes d'origine étrangère, je trouve ce texte farfelu et reflétant la vision de quelqu'un ne connaissant que très peu de choses de la réalité de la vie en france. Bref, ce n'est pas très interessant, et ca ne fait certainement pas avancer le schmilblik...
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