[caption id="attachment_8315" align="alignright" width="347" caption="Le répliquant Roy joué par Rutger Hauer dans Blade Runner"]

[/caption]
"À force de vie irréelle, peut-être dirons-nous un jour aux gens IRL (In Real Life) : j'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourrez jamais voir"... Cette semaine, j'ai "tweeté" à deux reprises cette réflexion personnelle inspirée de la scène finale du film Blade Runner. Et elle a fait germer l'idée, l'envie d'écrire de ce billet :
"J'adore me répéter dans le bruit de nos gazouillis, prêcher Philip K. Dick dans le désert confus de la twittosphère". Prêcher ? Oui, pourquoi pas. Car, frères humains, je m'interroge de plus en plus :
mais qu'est-ce que Twitter est en train de faire de nous ? Des "répliquants" numériques peut-être… Comme un médium esquissant l'un de nos futurs possibles dans ses livres
uchroniques, le génial
Philip K. Dick l'avait prédit dans "
Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?", le formidable roman de science-fiction qui servit de base au scénario du Blade Runner de Ridley Scott :
un jour, il nous sera sans doute impossible de distinguer l'homme de la machine, les êtres réels de leurs simulacres. Ce jour est peut-être arrivé en l'an de grâce 2010 : l'année où l'internet en temps réel a commencé à nous suivre partout, sur tous nos écrans, faisant de nous des mutants connectés en permanence. J'ouvre mes yeux fatigués par ces jours et ces nuits
online et je crois bien que
nous, adeptes forcenés du réseau "social" Twitter, sommes peut-être en train de nous confondre avec nos avatars, nos identités numériques dans ce monde parallèle. Twitter prend de plus en plus de place dans nos vies, jusqu'à nous rendre absents du réel, à nous-mêmes. Regardez-vous, regardez-nous, hypnotisés par la rivière de mots, d'infos, de pensées et d'émotions qui défile sur nos écrans tactiles.
La seule chose qui nous obsède, c'est : que se passe-t-il en ce moment, là-bas, dans la "twittosphère" ? Qu'est-ce qu'on y raconte, c'est quoi la
story, le LOL du jour ? Suis-je cité ? Repris pour ce billet, ce lien inédit ou ce trait d'esprit ? Ai-je reçu des DM, ces messages privés qui nous rapprochent entre
twitteraddicts (je déteste l'anglicisme un rien vulgaire du terme "twittos") ? Merde, je vais encore devoir remonter 6 heures de
time line pour être sûr de ne pas avoir manqué quelque chose…
Nous marchons dans la rue ou prenons le métro sans voir les gens ; à la maison nous regardons des films en famille sans être là, l'air absent ou les yeux rivés sur l'iPhone ;
nous parlons moins aux gens qui nous aiment encore en vrai, à côté de nous, pour tisser d'étranges liens amicaux, voire amoureux avec des inconnus qui nous deviennent très proches ; au bureau, les vrais collègues ne sont pas autour de nous, dans l'
open space, mais sur Tweetdeck ouvert en permanence sur l'écran de nos postes de travail…
J'ai déjà évoqué mon addiction, la nôtre, dans cette interview : "
Twitter est une drogue dure pour les journalistes" et aussi dans ce billet "
To be or not to be a tweet'journalist" . Mais il y a six mois, un an, une éternité à l'échelle de notre monde de
micro-blogging, je concevais cet usage compulsif du message en 140 signes uniquement comme outil professionnel.
Jamais je n'aurais cru que j'allais m'immerger à ce point dans les limbes virtuelles de la "TwittRéalité". Au petit matin, alors que coule encore le café, j'allume mon ordinateur et vos gazouillis m'accueillent. Je dis "Bonjour Twitterland" et je commence à
tweeter ma revue de presse, mes liens — à savoir de quoi sera faite ma journée de journaliste. Mais le plus important, le plus rassurant peut-être, c'est que vous êtes tous là. Comme tous les matins. Vous, les veilleurs infatigables et compulsifs, les confrères et amis, les "LOLeurs", les oiseaux de nuit et les infatigables patrouilleurs du Web. J'aime lire dans vos pensées en 140 signes, j'aime vos mots à tous, ces fragments d'expérience et d'humanité,
ils m'accompagnent le jour et la nuit… mais ils m'éloignent aussi de la vraie vie. Même si l'on se rencontre parfois IRL. Et que l'on fait de vraies rencontres professionnelles et humaines.
Alors régulièrement, j'essaie de décrocher, sans grand succès. "
Twitter c'est comme du crack, cela m'effraie" a écrit un blogueur du New York Times. C'est la vérité. Vous, les
twitteraddicts, vous l'avez tous essayée et adoptée, cette dope de la connexion permanente
real time…
Et après tout, pourquoi résister à cette formidable expérience virtuelle ? C'est fascinant de construire une autre réalité, un monde parallèle, paradoxalement en prise avec le réel, du haut duquel nous observons l'actualité en marche, la petite histoire et la grande en train de se faire. Voilà d'ailleurs ce que l’on me faisait remarquer l'autre jour sur Twitter :
"Mais c'est pour ça que j'écris sous pseudo, lui est réel, moi non ! Ce que je dis ici est donc la réalité". Où est la vraie vie ?
Lire l'intégralité du billet sur le blog "Mon Ecran Radar"
Cet article a été traduit en italien, en anglais, en allemand et en espagnol par E-Blogs