Nous sommes parfois imbattables en matière d’exportation des "worst practices" (mauvaises habitudes,
Ndle) : "Tchao la France" est le titre du dernier opus de Corinne Maier, fameux écrivain français, déjà connue pour son best-seller "Bonjour Paresse", sorti en 2004.
"La vérité, c’est que la France ne marche pas. C’est un lieu fantastique pour les touristes, mais pas pour ceux qui veulent y vivre. Si je dois donner un conseil, c’est celui-ci : faites comme moi et comme deux millions et demi de compatriotes. Partez !"
C’est le portrait que fait Corinne Maier, dans une entrevue donnée il y a quelques jours, d’un pays qui paraît malheureusement ressembler à l’Italie.
Loyers exorbitants, obligation de connaître les "bonnes" personnes pour pouvoir avancer, jeunesse sans avenir et échec des grandes écoles dans le rôle de l’ascenseur social. Sans compter une minuscule élite politique, intellectuelle et économique, qui tient le pays en main et le gère via des réseaux inaccessibles.
"Nous sommes toujours plus nombreux à partir, le nombre de Français à l’étranger a triplé en 10 ans. Deux millions et demi d’expatriés, c’est énorme, si l’on pense que la France, contrairement à l’Italie, n’est pas traditionnellement un pays d’émigration", dit Corinne Maier, fière de pouvoir faire de l’Italie un exemple, voire un maître-étalon dans ce domaine (...)
Que la France ne soit pas le paradis sur Terre et qu’il y ait, au-delà des Alpes, quelques mauvaises habitudes latines, cela ne fait aucun doute. Mais la France reste tout de même un autre monde (que l'Italie,
Ndle), demandez à toute personne qui y a vécu (pas plus tard qu’il y a trois ans).
Que cela plaise ou non,
on sent — fortement — la présence d’un État qui prend soin de vous, même si vous ne connaissez pas toutes les "bonnes" personnes pour résoudre vos problèmes. Mais attention, il y a deux "France" : Paris et le reste du pays, à ne pas confondre ! Les problèmes de la métropole parisienne ne sont pas nécessairement ceux de Strasbourg, Rennes, Lyon, etc.
Notre pays, l’Italie, est un pays où — comme l’a dénoncé encore une fois la
Confartigianato, la principale association de professionnels — plus de
55% des jeunes débarquent sur le marché du travail grâce à leurs relations ou de solides liens familiaux/amicaux.
La différence est faible entre le Nord (52,2 %) et le Sud (58,2 %). L’insertion, puis l’embauche, concerne moins de 7 % des jeunes ; d’autre part, le nombre de ceux qui passent par des agences de placement ou des centres d’emploi est extrêmement faible.
Les embauches sur la base du "réseautage" représentent 49,7 % du total des emplois donnés par les entreprises. Un taux qui grimpe à 53 % dans les PME comptant jusqu’à 9 employés. La "sélection des ressources humaines", cette inconnue…
La
Confartigianato déplore également le manque de grandes "figures professionnelles" sur le marché du travail, alors que tous pleurent misère, crise et chômage : maîtres d’œuvre, boulangers, pâtissiers, tailleurs, menuisiers, cuisiniers.
Mais comprenons-nous bien et soyons francs avec les jeunes de notre pays : "n’étudiez pas, le personnel qualifié ne sert à rien en Italie". Et le peu qui sert entre sur le marché du travail par d’autres canaux, plus "opaques" que la moyenne. Il faut être ami de, fils de, neveu de…
Soyons sincères : l’Italie serait-elle en train de se transformer ? Un pays où seule la main d’œuvre est utile, et non pas les diplômés ? Si c’est le cas, que quelqu’un nous le dise et ouvre grand la porte au candidat à l’expatriation qui n’a — en Italie — plus d’espoir.
Après tout, l’Enfapi (Institut professionnel de l’Union Industrielle de Bergame) n’a probablement pas exagéré lorsqu’il a diffusé une sorte de tract publicitaire au message caché mais pas trop, du genre : "moins tu étudies, mieux c’est". Les photos étaient parlantes : à ma gauche Andrea, chef de rayon muni d’un BTS, fiancé et heureux. À ma droite Luca, diplômé, précaire et "modèle Tanguy".
C’est donc ça, le portrait d’une Italie qui prétend s’engager à devenir un pays où le facteur humain est important ? Il est plus probable qu’à force de prendre des pieds où je pense, nous finirons par ramener ce capital humain au niveau des pays sous-développés, digne d’une série B (...)
Pendant ce temps,
les jeunes italiens nés dans les "mauvaises" familles quittent le pays. Comme l’a révélé la très bonne enquête de
La Repubblica, menée par Claudia Cucchiarato, 60 % s’en vont par "nécessité".
57 % des personnes sondées pour cette enquête ont moins de 34 ans, 73 % ont un "
bachelor" ou un doctorat, et les deux tiers sont des hommes. Ils peuvent laisser leur valise en carton à la maison, puisqu’ils ont déjà choisi leur destination. Ils saluent l’Italie de loin, d’un signe de la main : pour eux, elle vaut à peine mieux que le Tiers-Monde.
Ndle : note de l'éditeur Cet article a été raccourci par E-Blogs.
Vous pouvez trouver le texte complet ici (en italien).