
Vers la fin du règne de la Reine Victoria (1837-1901), l'Empire britannique s’étendait sur un cinquième de la surface de la terre, et presque un quart de la population mondiale, du moins, en théorie, jura allégeance à notre monarque et à la “Mère Patrie”.
La fonction publique qui administrait ce vaste territoire parlait anglais et tous ceux qui aspiraient à un poste officiel exigèrent d’apprendre l'anglais. La plupart d'entre nous avaient déjà vu le jour quand la carte du monde était encore largement de couleur rouge (c'est ainsi que les cartes d'alors représentaient l'empire britannique,
Ndle). Et nous grandîmes avec l’idée que d'autres personnes feraient l'effort d'apprendre notre langue. Parler une langue étrangère signifiait une déférence à une puissance dominante — pas une attitude que les Britanniques adoptent facilement.
Grâce à Internet, l’information circula ensuite sur une échelle jusque-là inimaginable ; mais si vous regardez les blogs, en particulier les blogs politiques, vous trouverez de nombreux articles érudits et néanmoins clairs sur la politique australienne, et un déferlement de commentaires sur la politique américaine, tirés d’articles et d’informations publiés en anglais.
Pourtant, l'anglais est la langue maternelle de seulement 7 % de la population mondiale. 75 % du monde ne parlent pas un mot d’anglais. Lorsque nous écrivons ou lisons en anglais, nous nous cantonnons à un quart seulement de l'information, et nous communiquons nos idées à un quart seulement du monde.
Il est extraordinaire que nous acceptions que nos jeunes meurent en Afghanistan pour faire respecter l'idée de la démocratie, mais essayer de transmettre l'idée de la démocratie en des termes qu’un blogueur afghan pourrait comprendre nous semble bien étrange.
Faire l’effort d’être compris en d’autres termes que les nôtres ne nous traverse même pas l’esprit.
C’est aujourd'hui la Journée Internationale du Blogging Multilingue, une journée faisant partie d'une série d'initiatives organisées par la Commission européenne à l'occasion de la Journée européenne des langues. Même le ministère des Affaires étrangères s'intéresse à la chose — ils vont aujourd'hui propulser des billets en français, en tagalog, en espagnol, en ukrainien et en arabe.
Il n'est pas étonnant que le ministère des Affaires étrangères soit de la partie ; nous avons beau râler parce que nous sommes gouvernés par une "puissance étrangère" à Bruxelles, nous (Britanniques,
Ndle), qui sommes 12 % de l'Europe, nous participons assez peu à cette gouvernance. Seul un petit 1,8 % du personnel de la Commission européenne est britannique.
Pourquoi ?
Les concours d’entrée aux postes de fonctionnaires de l’Union européenne exigent que le document soit rempli dans une seconde langue. Peu importe la seconde langue ; ce peut être n'importe quelle langue parmi la tour de Babel des langues parlées en Europe, et c’est ce qui a effectivement tenu les Britanniques à l’écart de plusieurs milliers d'emplois disponibles dans l'UE. La Grande-Bretagne a récemment forcé l'Europe à modifier la règle selon laquelle les candidats devaient être au moins bilingues, parce que ça n’était pas à notre portée.
Je suis une partisane enthousiaste du projet E-Blogs. E-Blogs prend vos mots, vos idées, et les fait traduire en français, en allemand, en italien et en espagnol pour vous permettre de communiquer avec vos proches voisins. Ils prennent également des billets de blogs écrits dans ces langues, les traduisent et les publient en anglais pour que vous puissiez ainsi vous intéresser aux événements politiques de ces pays sans parler un mot de leur langue.
C'est une merveilleuse occasion d'élargir vos horizons, même si vous avez été éduqué sous un gouvernement travailliste qui a supprimé les langues du programme de base, coupant la branche de "l’arbre Europe" sur laquelle vous étiez assis. Nul besoin d'être pro-européen pour saisir l’intérêt d'être en mesure de communiquer avec vos voisins les plus proches et ne plus vous limiter à une vision anglo-américaine du monde.
Contactez
Laurent chez E-Blogs, montrez-lui les articles qui peuvent, selon vous, être appréciés par ceux qui ne parlent pas votre langue. Ou cliquez sur
E-blogs et voyez ce que d'autres disent dans les langues que vous ne comprenez pas. Mieux encore : sur
Multi-lingual Blogging Day, faites l'effort de livrer un article dans une autre langue, et accrochez-lui le hashtag #babel sur Twitter, la réponse pourrait vous étonner.
Si vous vous en moquez, essayez toujours d’écrire un billet intitulé "
Qu'est-ce que ça peut foutre” (en français dans le texte) dans une autre langue — au moins, on comprendra mieux votre volonté à rester confiné dans vos compétences linguistiques.