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Je suis un décroissant et je doute...

[caption id="attachment_11115" align="alignright" width="275" caption="Inondation à Vicenza - Photo de l'auteur"][/caption]

Une nouvelle mode se répand de New York à Londres : "le moins devient le plus", autrement dit, moins on a de choses, mieux c’est.

Plus on se libère des objets et plus on est libre. Mieux encore : "les objets que tu possèdes finissent par te posséder". Je cite encore une fois Fight Club — de mémoire — mais vous aurez perçu, à travers mes différents articles, ma conviction que les artistes et les poètes sont intemporels. Je parle ici de sensibilité et d’une certaine vision (à comprendre comme une hiérarchie de valeurs) du monde extérieur.

Je dois ajouter que mon grand-père — génération 1904 — privilégiait la "théorie du peu", que ce soit pour des raisons indépendantes de sa volonté (guerre et pauvreté) ou par philosophie de vie. Peu et bien, plutôt que beaucoup et médiocre. Rien que l’essentiel.

Cette nouvelle tendance dit la même chose — à quelques différences près évidemment — puisque l’histoire est faite de flux et de reflux comme nous l’enseigne Vico ; mais l’histoire part à chaque fois d’une position plus élevée, et donc similaire sans être identique.

Alors ces jeunes, qui se définissent comme la génération zéro, réduisent le volume de leurs affaires, de leurs DVD, de leurs livres, de manière à faire tenir l’essentiel dans une valise. Ils éliminent les armoires, les commodes, les bibliothèques. Ils emportent en revanche leur ordinateur, leur Palm ou leur iPad. Le disque dur contient toute leur vie numérisée… la tendance n’est donc pas si minimaliste que ça. Je préfère de loin l’échange et le troc.

Je suis moi aussi un minimaliste, depuis longtemps d’ailleurs, et ma femme me taquine souvent au sujet de ma garde-robe restreinte — mais essentielle, ajouté-je. À présent que je découvre que j’appartiens à cette "génération zéro", je ne me sens ni mieux ni moins bien qu’avant. Le problème est tout autre.

On peut épurer sa maison ou sa garde-robe, mais je remarque qu’on ne réduit pas les tonnes de béton destinées aux nouvelles maisons, ni les kilomètres de bitume des nouvelles grandes voies de raccordement, ni les tonnes de fer pour les TGV. C’est drôle et triste à la fois de voir que dans le même temps, les maisons vides et abandonnées ne manquent pas à Milan (par exemple). Et pourtant on préfère en construire de nouvelles. Le TGV nous permet de diminuer la durée des trajets, mais défigure les paysages et nuit à l’environnement.

La ville voisine de Caldogno, noyée sous les eaux du fleuve Bacchiglione, est passée en 20 ans de 4 000 à 10 000 habitants : elle devrait arriver à 20 000 habitants dans les prochaines années, en prévision de l’arrivée des américains de Dal Molin (une nouvelle base militaire américaine). Et on construit ici, et on construit par là, les entrepreneurs doivent construire et le plus souvent, on construit au petit bonheur la chance. Si la terre absorbe l’eau, ce n’est pas le cas du béton…

Je sais bien que je tiens un discours général et simpliste, mais ce n’est ni pour juger ni chercher des responsables. C’est seulement pour faire réfléchir. Il est important d’agir, mais il est parfois aussi important de penser et de réfléchir avant de passer à l’action. Parce qu’ensuite toutes les réflexions manquées reviennent comme un boomerang sous forme de désastre environnemental. Et c’est alors qu’on y pense et qu’on se demande : est-ce qu’on pouvait vraiment imaginer cela ?

Entre les inondations de la Polésine en 1951 et celles de Vicenza en 2010, il y a quelques différences de taille. En 1951, il a plu pendant deux semaines, et en 2010 il a plu pendant 3 jours. En 1951, les inondations ont été en grande partie causées par des phénomènes naturels, tandis qu’en 2010 elles ont été le résultat de l’abandon et de la "bétonisation" des terres. En 1951, le Pô n’avait pas été dévié par les Américains. En 2010, le Bacchiglione qui a inondé Vicenza a été dévié par les Américains pour la base militaire Dal Molin. Notons enfin qu’en 1951, les journaux se sont penchés sur le désastre, tandis qu’en 2010 les journaux s’intéressent aux putains (du gouvernement, Ndlt), mais on ne peut pas éternellement ignorer les choses.

Source : blog de Beppe Grillo

Ndlt : note de la traductrice
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