C'est pas dommage, ça ? T'as vu le match hier ? Partagé l'angoisse et les cris ?
De toute façon, c'était un match injuste ! Les Espagnols avaient au moins 15 joueurs sur le terrain ! Je ne sais pas comment l'arbitre a pu laisser ça !
Pour moi, ma première visite en Espagne remonte à mes 6 ans ; Lloret de Mar était encore une petite bourgade côtière somnolente et c'est là que mes parents avaient choisi d'aller camper. Pendant que mon père dépiautait les sardines et que ma mère se préparait à quatre semaines de vacances qui pour elle étaient « comme quatre semaines à la maison, mais sans le confort », je rôdais dans le camping pour trouver des amis.
Je ne m'en souviens pas, mais Arthur ne rate pas une occasion de le raconter : une demi-heure plus tard, je revins à la tente, pleurant comme une madeleine. Après m'avoir calmé, mes parents réussirent à me faire expliquer, entre deux sanglots déchirants, que personne ne me comprenait. À vrai dire, cela m'arrive aussi encore aujourd'hui, mais je ne me mets plus à pleurer pour autant. Avec le temps, on s'habitue à tout.
Jusque-là, j'ignorais tout de la tour de Babel et de l'existence des langues. Une fois que mes parents m'eurent expliqué que personne ne voulait m'embêter, que c'était de façon tout à fait involontaire que les gens ne comprenaient pas ce que je disais, tout alla bien. Je courus me faire comprendre avec mes mains et mes pieds. Ce furent de merveilleuses vacances ! (...)
Mais là, finie la sympathie ! Il y a des limites à tout ! Et certains poulpes, je les boufferais bien, si j'aimais ça. Bon, si nécessaire, je suis disposée à manger un de ces "Paul". Mais par chance d'
autres s'en occupent (recette de pâtes au poulpe et aux lardons, en allemand). Je ne peux pas tout faire non plus !
Eh bien, je vais découper de l'espagnol. Comme ne j'ai pas de footballeur sous la main, je prends une saucisse. Un chorizo bien piquant.

Je le fais suer un peu dans l'huile d'olive, puis le fais revenir avec de la purée de tomates avant de le déglacer au Sherry. Je laisse réduire l'Espagnol puis je le retire et le garde au chaud. Dans la graisse, je mets un poulet pour le faire dorer de tous côtés, sans oublier d'utiliser de généreuses quantités de poivre d'Alepp. Une fois que tout est bien doré, je sors la poitrine du poulet, remets en jeu l'Espagnol criant et transpirant et rajoute une dose de haricots blancs par-dessus. (...)
Tout cela cuit un peu à l'étuvée avec du bouillon de poulet. Puis je remets la poitrine et je la laisse devenir juteuse et piquante dans le bouillon.
Enfin, j'affine en ajoutant paprika, poivre, sel et hysope.
Plus l'Espagnol, non, le temps est chaud, plus le plat devrait être piquant. Il faut tout évacuer, transpirer et gémir. Et reprends un verre de vin aussi. (...)
Photos Arthurs Tochter