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Les bulles spéculatives, cancer de l'économie

[caption id="attachment_5869" align="alignleft" width="300" caption="Immeuble en construction abandonné à cause de la bulle immobilière. Photo de Dodo Anji sur Flickr. Crédits CC"][/caption]
"Je peux calculer le mouvement des étoiles, mais je ne peux calculer la folie des hommes."

Isaac Newton, après avoir perdu l'équivalent de 3 millions de dollars dans la catastrophe financière de la bulle des Mers du Sud en 1720.

À vrai dire, ça faisait envie, d'investir là- dedans, "La bulle des Mers du Sud". Hmm... vous me mettrez 1 000 actions dans quelque chose de ce genre. Ne dirait- on pas un shampooing bien rafraîchissant ? Et si on parlait de la bulle des tulipes ? Ça sent bon, non ? À vue de nez, ce sont forcément de bons investissements...

Lorsqu'on l'appelle "bulle", la catastrophe financière semble tout de suite moins violente. C'est comme le vin... Si on le coupe avec de la limonade, on le fait perdre en qualité et on le rend plus gourmand pour que toute la famille puisse en boire. C'est comme ça que ça marche : on prend une chose, on y ajoute des bulles et de cette façon, on l'infantilise pour qu'elle puisse être comprise de tous.

Et si on utilisait une autre métaphore ? Peut- être une analogie plus adéquate. Est-ce que cela conduirait à une réponse plus pertinente ?

Appelons les choses par leur nom : tumeur économique. Que se passe-t-il dans le corps humain ? À un moment donné, une cellule "délinquante" — imaginons qu'il s'agit d'une cellule du foie — oublie le rôle qu'elle joue dans l'organisme, et considère à la place qu'elle se retrouve seule dans un environnement hostile et dévasté. Comme nous avons environ 500 fois plus de cellules dans notre corps qu'il n'y a d'étoiles dans la Voie Lactée, soit 100 000 milliards contre 200 milliards, alors par simple logique statistique, on peut bien penser que quelque chose puisse parfois dérailler quelque part.



Pour la plupart d'entre nous, en général, les cellules "délinquantes" ne posent jamais problème car il existe une agence régulatrice, le système immunitaire, qui les identifie rapidement, leur rappelle qui elles sont, et les encourage à se suicider. Ce processus est l'apoptose. Ce stimulus fatal peut venir spontanément depuis l'intérieur même de la cellule (laquelle reconnaît soudain sa faute), mais aussi des cellules de son entourage (un groupe voisin qui fait valoir les normes de la communauté), ou encore des cellules "policières" du système immunitaire qui patrouillent dans tout le corps. Ce processus a lieu constamment, il fait partie du fonctionnement normal d'un organisme sain et il se déroule sans que l'on s'en aperçoive.



Le problème se pose lorsque, pour une raison quelconque, le mécanisme normal de l'apoptose s'enraye, les propres remords de la cellule ne s'activent pas et l'agence régulatrice locale ne parvient pas à convaincre pas la cellule en question de s'autodétruire. Au contraire, cette dernière se multiplie de manière exponentielle et devient le germe d'une tumeur cancéreuse. Alors seulement, quand un certain seuil est atteint, le corps prend conscience de la situation et il se produit un conflit existentiel.

La tumeur va à l'encontre des intérêts de l'organisme auquel elle a un jour appartenu. Son objectif : s'épanouir coûte que coûte et prospérer au détriment du tissu sain qui l'entoure. Conséquence inévitable : la disparition tant de la tumeur que de son hôte. Même si, évidemment, jusqu'à ce verdict final, la tumeur ne voit pas où elle va.

Ainsi, qu'arriverait-il si, au lieu de ce mot plaisant de "bulle", on essayait quelque chose de plus approprié pour décrire la croissance globale à tout prix ? Si on l'appelait "tumeur", "la tumeur des hébergeurs", "la tumeur des emprunts à haut risque", "la tumeur immobilière"... Alors là oui, ça ferait peur.

Qui nierait sérieusement la nécessité de faire plus attention au fonctionnement correct de son propre corps ? Ou douterait de la nécessité d'une plus grande régulation ? Qui, face à une éventuelle tumeur, ou à l'idée de vivre dans un corps sujet à de telles tumeurs, le confierait à une bande de médecins qui risquent constamment la santé de leurs patients ?

Les mots ont leur importance et nous devons exiger qu'on appelle les choses par leur nom. Si l'économie mondiale a un cancer, je veux le savoir pour aider à le soigner.
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