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Haïti au temps du choléra


En République Dominicaine, l’état d’urgence a été déclaré à cause de l’épidémie de choléra qui sévit en Haïti dans une zone non touchée par le tremblement de terre mais très peuplée par les réfugiés de Port-au-Prince.


À Dajabon, la frontière a été fermée ainsi que le marché binational qui accueille tous les lundis et vendredis les commerçants dominicains et haïtiens. On ne sait pas combien de temps durera cette mesure qui bloque le principal point de commerce entre les deux pays.

[caption id="attachment_13086" align="aligncenter" width="587" caption="Photo : IFCR, Flickr, sous licence CC"][/caption]

La Commission européenne est en train de préparer un renfort pour l’aide humanitaire à Haïti mais il ne sera envoyé que si les autorités locales demandent plus d'assistance. Peut-être qu'il aurait fallu y penser un peu plus tôt...


L’agence haïtienne Fas a Fas raconte une histoire plutôt incroyable au sujet de l’hôpital privé de Port-au-Prince CDTI du Sacré-Cœur. Après le tremblement de terre, cette structure sanitaire était la seule, dans la capitale, à ne pas avoir cédé à la force destructrice de la terre. Elle a accueilli gratuitement plus de 12 000 patients et plusieurs équipes de médecins américains et français.

Aujourd’hui, l’hôpital est vide, fermé, et ses ambulances neuves sont garées et bâchées. Motif ? Aucun gouvernement, ni ce lui d’Haïti, ni celui des USA, ni même les Nations unies n’ont trouvé un accord pour financer cet hôpital. Ces couloirs vides, pour lesquels l'Organisation mondiale de la Santé n'était pas disposée à donner d’argent pour payer les salaires mais uniquement pour des couvertures et des médicaments, ne sont autres que le symbole de l’échec de l’intervention internationale en Haïti.

L'assistance sanitaire qui était en place avant le tremblement de terre a été paralysée par les secours. Les pharmacies ont fermé pour tous les médicaments gratuits et les médecins ont perdu tous leurs patients. Les organisations internationales n’ont pas été capables de transférer l’assistance vers le secteur privé haïtien.

Les agences ont préféré financer le marché interne des pays donateurs en achetant en Occident des médicaments et des denrées de première nécessité. Elles ont préféré payer les salariés occidentaux plutôt que de renforcer l’économie haïtienne.

[caption id="attachment_13096" align="alignleft" width="279" caption="Photo : IFCR, Flickr, sous licence CC"][/caption]

Edmond Mulet, le chef de la mission des Nations Unies en Haïti, a dit que la communauté internationale a été en partie responsable de la faiblesse de l’État haïtien parce que le gouvernement lui-même n'a pas confiance en lui et qu'il est, de ce fait, sans cesse mis de côté.

Si nous ajoutons à ça l'interdiction de la part des États-Unis de financer des entreprises potentiellement concurrentes des multinationales américaines, et ses conséquences importantes sur le riz (Haïti est le troisième marché pour l’économie américaine) et la volaille étrangère, on comprend qu’il n’y pas beaucoup d’intérêt à aider à la renaissance économique haïtienne.

Le choléra se développe dans des conditions de vie insalubres. Dans le cas d'Haïti, ce sont les camps de réfugiés qui sont touchés. Pour éviter que de telles situations ne se répètent, il convient de se demander s’il existe un plan pour le démantèlement de ces camps.

L'ONG haïtienne Ayiti kale je, qui a essayé de mettre bout à bout les fragments d'informations qui arrivent du gouvernement et des différents bureaux, tente de donner quelques réponses.

Le plan présenté par le groupe de l’ONU au gouvernement haïtien prévoit trois étapes, classées en fonction leur faisabilité :

1 – retour au territoire d’origine ;
2 – transfert dans les zones rurales d’où proviennent les familles des réfugiés ;
3 – re-localisation sur un nouveau site, en dernier ressort.

Les camps devraient fermer progressivement et l’on devrait enregistrer un "effet d'appel" provoqué par ceux qui seront parmi les premiers à rentrer dans les habitations. Les dates n'ont cependant pas encore été données. Il existe simplement une "enveloppe de retour" : une somme de 150 $ pour ceux qui retourneront dans les maisons en bon état et de 1 000 $ pour ceux qui rentreront dans les maisons endommagées.

Une chose est sûre : avant de commencer à construire de nouvelles habitations, 135 000 T-Shelters seront mis sur pied. Ce sont de petites structures (12 mètres carrés) dans lesquelles les familles sans abri seront accueillies. Ces structures en plastique et en bois coûtent environ 2 500 $ chacune, elles proviennent de l'étranger et elles ne seront pas prêtes avant septembre 2011, un an et demi après le tremblement de terre.



Enfin, selon certaines agences internationales, seulement 3 % des décombres ont été déblayés en neuf mois, ce qui empêche le lancement des processus de reconstruction et de démantèlement des camps. Si l’on veut vraiment aider les Haïtiens, il faudrait peut-être commencer par là.
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