[caption id="attachment_15780" align="alignleft" width="319" caption="Stygiomedusa gigantea. Photo : © BBC Earth News"]

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Il y a des animaux peu connus car rarissimes, et il a les animaux peu connus car vivant dans des endroits inaccessibles pour l’homme.
Et puis il y a les animaux à la fois rarissimes et vivants dans des lieux inaccessibles. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient une espèce de méduse géante : la
Stygiomedusa gigantea.
En 110 ans (1899-2009), seulement 118 spécimens ont été aperçus au cours de 110 observations effectuées dans le monde entier. En effet, cette espèce vit dans tous les océans, excepté dans l’océan arctique.
La première observation remonte à 1901 en Antarctique. Carsten Borchgrevink raconte alors la capture d'une "grande méduse", d’un poids de "90 livres" (environ 45 kg), avec des "bras ou extrémités faisant environ 11 mètres de long".
On a aperçu la créature pour la dernière fois dans le Golfe du Mexique, grâce à un ROV (
Remotely Operated Vehicle ou véhicule commandé à distance) dans le cadre du programme SERPENT de l’université de Louisiane, pendant lequel quatre spécimens ont été filmés dans leur environnement au cours de quatre années d'observation.
Pourquoi ces animaux sont-ils si peu approchables au point de n’en voir qu’un par an en moyenne ? Car en fin de compte, les méduses géantes ne sont pas si rares.

Les côtes japonaises sont littéralement infestées par une méduse géante bien connue : la
Nemopilema nomurai, ou "Nomura" qui détruit les écosystèmes côtiers et qui tue la méduse la plus grande du monde, la
Cynea capillata ou méduse à crinière de lion, bien qu’elle vive dans les mers froides de l’arctique et dans les océans Pacifique et Atlantique nord.
Alors que les deux dernières espèces de méduse vivent dans des eaux de surface, la fameuse Stygiomedusa préfère a contrario les zones mésopélagiques ou bathypélagiques, c’est-à-dire autour de 800 m de profondeur ou sous les 2000 m environ, ce qui la rend aussi impossible à voir qu’à pêcher (si vous y arrivez un jour, elle explosera en arrivant à la surface, du fait de la décompression).
Le seul moyen de la voir est donc d’utiliser un ROV mais, même de cette manière, ces animaux semblent être particulièrement diffus. Pas si étonnant lorsqu'on apprend que la méduse en question vit dans des eaux sombres, froides et avec peu de nutriments, où, par conséquent, la densité des animaux est plutôt faible (…)
C’est en examinant l’anatomie de ces animaux que l’on rencontre quelques bizarreries. Tout d’abord, la Stygiomedusa a renoncé à une partie de ses tentacules, les plus marginaux, au bord de l'ombrelle. Elle paraît donc plus "maigrichonne" par rapport aux méduses en général. Les tentacules marginaux sont d’habitude les plus urticants.
Cette espèce de méduse n'est donc pas urticante. Sous l’ombrelle qui peut mesurer jusqu’à 140 cm de diamètre, seuls quatre tentacules buccaux sortent généralement. Ceux-ci sont aplatis, longs d'une dizaine de mètres, fins, canaliculaires au centre et extrêmement collants.
Le ROV a filmé les méduses tandis qu'elles s'accrochaient aux structures sous-marines fixes avec leurs tentacules, en s'y collant comme du papier tue-mouche. C'est certainement de cette façon qu'elles capturent leurs proies, en les enveloppant avec leurs tentacules et en les tenant fermement avec leurs grands lobes tandis qu’elles les dévorent.
[caption id="attachment_15791" align="alignleft" width="320" caption="La méduse géante (marron) accompagnée d'un poisson, le thalassobathia pelagica (blanc)"]

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Elles n'ont pas besoin de les immobiliser avec les toxines, habituellement contenues dans les cellules urticantes, chez les méduses communes (vous
trouverez ici des informations sur les toxines).
Elles se collent à leurs proies et les noient avec un mécanisme digne d’un bon film d’épouvante (je vois déjà le titre : "Horreur des abysses ou le mystère de la Stygiomedusa mangeuse d’homme").
Dans un endroit où la nourriture se fait rare, il est essentiel, pour ces méduses, de fonctionner sur un "rendement d'échelle" et d’économiser les coûts métaboliques liés à la production de toxines (...)
Dans le cas des Stygioméduses, la phase du polype n’existe plus et la jeune méduse se développe dans le ventre de sa mère, dans des kystes à proximité des ovaires qui sont ce qu’il y a de plus similaire, chez lez méduses, à un utérus.
Le bébé méduse est nourri grâce à un cordon ombilical qui va du kyste au système gastro-vasculaire de la mère. Une fois qu’elle a suffisamment grandi, elle vient au monde par un "accouchement" de type vivipare. Qui aurait deviné que les méduses avaient de telles caractéristiques parentales et qu'elles pouvaient mettre au monde leur "petits" de cette manière ?
Dernière particularité :
elles vivent en association avec un poisson d'eau profonde, le
Thalassobathia pelagica, un poisson tout bleu doté d’une ombrelle violette. Ce poisson appartient à une espèce connue pour vivre en association avec d'autres méduses géantes, ce qui exclurait la prédation et le parasitisme. S’il s’agit de symbiose ou de commensalisme, cela reste à déterminer.
Si vous voulez voir l’étrange couple en action, vous
trouverez ici une des vidéos du ROV.
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