
Et maintenant, même les chiffres le prouvent, bien que personne ne réussisse à nous tirer de cette impasse : "La classe dirigeante italienne est vieillissante, provinciale, de sexe masculin, centrée sur elle-même et conservatrice".
C'est une analyse pour le moins ironique, dans un rapport qui s'intitule
"Generare classe dirigente 2010" (Faire émerger une classe dirigeante 201O), publié par l'université italienne
LUIS (Université Internationale Libre des Sciences Sociales) et qui en est à sa quatrième édition. A lire les conclusions, on en vient à souhaiter une remise à zéro "de fin du monde" pour cette classe dirigeante italienne qui - pour résumer en empruntant au metteur en scène Mario Monicelli sa réplique célèbre - a entrainé "le pays à la dérive".
Deux dirigeants sur trois en Italie ont plus de 65 ans.
17,2% d'entre eux seulement sont des femmes. Et seulement un sur dix a un diplôme de troisième cycle universitaire (contre un quart en Grande Bretagne). Personnellement, j'ai l'impression que même une vérification du seul diplôme de licence entrainerait déjà des découvertes bien embarrassantes.
Nous sommes vraiment dans un pays anormal : il ne parvient pas à s'affranchir de ce lourd fardeau de la gérontocratie, il ne veut pas non plus le reconnaitre, parce qu'il est trop conservateur. Mais en même temps, il semble la répudier : la confiance dans les institutions nationales italiennes est basse, révèle le même rapport, alors que celle accordée aux institutions internationales comme l'ONU et l'Union européenne reste élevée. C'est comme si nous sentions que quelque chose ne va pas, même si nous ne savons pas que faire pour nous en libérer (probablement aussi parce que beaucoup d'entre nous en vivent, malgré tout, de ce système) et c'est bien pour cela que nous nous tournons toujours plus vers l'étranger, dans l'attente d'une rédemption salvatrice.
Qui n'aura jamais lieu, comprenons-nous bien : et pourtant, il suffirait de si peu. Il suffirait de faire place nette de ces "messieurs", de leurs vassaux, de leurs sous-vassaux et de leurs contre-vassaux. Il suffirait d'en finir avec ce système féodal et de les remplacer par des jeunes bien formés, tournés vers l'international, qui ne soient pas compromis avec le passé et prêts à faire des choix courageux.
Luca Cordero di Montezemolo (président de Ferrari, ancien président du groupe Fiat) a déclaré : "
La classe dirigeante doit aussi savoir quand laisser le champ libre aux jeunes. Pour ma part, c'est ce que j'ai estimé devoir faire avec le groupe Fiat".(1) Et quand ça, Messieurs ?
Actuellement - et il n'est pas inutile de le rappeler ici aux plus obtus - ces jeunes talents existent, mais ils fuient à l'étranger par dizaines de milliers. Voulons-nous leur offrir leur chance ici, ou avons-nous l'intention d'alimenter l'exode pour le plus grand bénéfice des "fils et neveux de..." ? Notes de l'éditeur
(1) Luca Cordero di Montezemolo a cédé en avril 2010 son siège de président du groupe Fiat à John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli et actionnaire du groupe, âgé de 34 ans.
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