Nick Clegg a dit aux
militants libéraux démocrates que la révision des dépenses de la Coalition "est une révision qui favorise l'équité" :
"Nous ne prenons pas ces décisions aujourd'hui parce qu’elles sont faciles ou parce que nous voulons voir un état plus petit, nous les prenons parce qu'elles sont justes. La route vers une prochaine reprise est difficile, mais nous sommes déterminés à nous assurer que c'est une route qui mène également à l'équité."
[caption id="attachment_12318" align="aligncenter" width="560" caption="Nick Clegg, vice-Premier ministre britannique. Illustration : Ian Forbes, Flickr, sous licence CC"]

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Le problème, c'est que "l'équité" est un terme controversé qui peut signifier beaucoup de choses pour beaucoup de gens. Alors, pour comprendre ce que Clegg semble entendre par ce terme, il nous faut le disséquer. Voici donc ma contribution publique pour aujourd’hui.
Pour Nick Clegg, "l'équité" implique :
• la perte d’un demi-million d'emplois dans le secteur public, à laquelle il faut ajouter 2,5 millions de chômeurs à la recherche des 500 000 d'emplois disponibles estimés. Ceci à conjuguer avec...
• … une coupe radicale dans le versement des prestations chômage, puisque
George Osborne abandonne certains des plus vulnérables de la société, s'appuyant sur l'argument douteux qu'il faut cibler ceux qui voient dans ces maigres allocations de l’État le "
choix délibéré d’un certain style de vie".
• Un
retrait du soutien aux personnes souffrant d’un handicap permanent, qui seront condamnées à la pauvreté ou forcées de divorcer pour survivre.
• Une réduction de l’aide
aux personnes âgées et aux plus démunis, même si beaucoup d’entre eux se verront ainsi mourir seuls et dans la saleté.
• L'utilisation des
artifices comptables du Trésor Public pour affirmer que les nantis seront les plus durement touchés par la disparition des allocations, partant de la supposition ridicule que la perte des allocations familiales est plus pénalisante pour un millionnaire que pour des foyers à faibles revenus.
• Des réductions massives dans
les dépenses consacrées au logement. Il deviendra ainsi plus difficile de trouver un logement abordable d'où un possible accroissement du nombre de sans-abri.
• Le
démantèlement du NHS par une voie détournée, avec des réductions dans les dépenses réelles de l'école
maquillées en augmentation en intégrant (à moitié) l’idée des libéraux démocrates d'une "prime élève" pour masquer ce qui se passe réellement. Cela aboutira à des changements qui auront de graves répercussions sur les personnes à faibles revenus, bien plus dépendantes des aides de l’État en matière de santé et d’éducation que les riches.
• La déformation du mot "progressiste" de telle sorte que, soit
il ne signifie rien du tout , juste une pirouette politique, soit, s’il est utilisé comme revendication économique et technique liée au fardeau pesant sur les personnes les plus en mesure de payer, il n’est que pure absurdité déjà fustigée par l'
IFS, la
Société des Fabiens et
Demos, et démontré par
le graphique établi par le gouvernement lui-même. Je pourrais continuer, mais c'est déjà un bon début. Ne doutons pas qu’une suite se dévoilera, au fur et à mesure que les déclarations soigneusement déguisées de George Osborne seront examinées plus avant.
Mais je voudrais terminer par une rapide observation. Bien que "l'équité" soit un concept contesté pour sa nature même, il véhicule quasiment toujours l’idée que l’on
reçoit ce que l’on mérite.
Par conséquent, si on se souvient de Nick Clegg comme étant l'homme qui a autorisé un gouvernement Tory (conservateur) et qui, au pouvoir, n'a rien fait pour arrêter ce parti quand il s’est attaqué au cœur de la société et de l'économie britannique, c’est en toute
équité que les gens se souviendront de lui comme de la "honte nationale".
Si des commentateurs dénigrent Clegg pour avoir ruiné la vie des plus démunis — quand lui-même n'a jamais lutté, ni ne s’est jamais inquiété pour une facture à payer au cours de son existence très privilégiée — alors, c’est en toute
équité que les gens le fustigeront, le traitant de "faiseur de malheurs" infligeant la souffrance depuis son sécurisant cocon de nanti.
Et lorsque les électeurs effaceront les libéraux-démocrates aux prochaines élections, les accusant d’avoir rendu possible la croisade idéologique des Conservateurs, c’est en toute
équité que Clegg sera haï par le parti qu’il aura trahi et détruit et que l'histoire se souviendra de lui comme étant l'homme ayant pris toutes les mauvaises décisions aux mauvais moments.