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L'école publique et moi

Hier, il y a eu une réunion à l’école de ma fille Dafne, et j’ai déposé ma candidature comme représentante de classe, malgré l’avis défavorable de toutes mes amies. Je ne l’ai pas fait par masochisme, même si je sais bien que tout ça pourrait ressembler à une auto-punition pure et dure. Je l’ai fait parce que j’ai le sentiment que, d’une manière ou d’une autre, je le "dois" à Dafne. J’ai le sentiment que je lui dois cet engagement actif et que je dois lui consacrer beaucoup de temps, qui ne soit pas uniquement voué à la pâte à sel et autres bricolages.


Je dois aussi m’investir dans des sujets qu’elle ne comprend pas aujourd’hui, mais qui sont utiles à la construction de son futur.

Comprenons-nous bien, je ne suis évidemment pas en train de sauver le monde. J’ai pris un engagement on ne peut plus normal, voire banal, et cela ne fait certainement pas de moi une meilleure mère. Je cherchais simplement une manière "d’y être" et de voir les choses "de l’intérieur".

Hier j’ai compris une chose : l’école publique est plus en danger que je ne le pensais. L’État ne s’en occupe pas, ne s’en sort pas et n’a pas d’argent. Il décide des structures, des horaires, du matériel et du personnel comme s’il s’agissait d’objets. Sans faire aucune distinction. Cela me rappelle beaucoup les super-managers des super-entreprises, qui coupent des têtes d’après des tableaux Excel, qui évaluent les gens en termes de "coûts" et non pas en termes de "ressources humaines".

Et moi, dans tout ça, qu’est-ce que je peux faire ? Hier soir, cette question me trottait dans la tête pendant que l’institutrice parlait. Qu’est-ce que je peux faire, moi, MOI à la première personne ? Je ne peux pas changer le système, je ne peux pas me battre contre l’État, je ne peux pas faire entendre ma voix. Je compte pour des prunes.

Mais je ne me rends pas, car ça ne me suffit pas. Ça ne me console pas d’entendre que "de toute manière on ne peut rien y faire"… Et donc j’ai décidé que je peux offrir mon engagement, mon temps, ma dévotion, mon argent et du matériel. Je peux créer un lien, une collaboration famille-professeurs, et les aider à trouver ce dont ils ont besoin pour soutenir l’éducation et l’instruction de ma fille.

Ce n’est pas juste. Ce n’est pas moi qui devrais le faire, ce n’est pas nous, parents, qui devrions le faire. Mais si nous ne le faisons pas, l’État ne le fait pas. Et alors ? S’il n’y a pas de stylos-feutres, est-ce mieux de se plaindre de l’État et décréter qu’il n’y en aura pas ? Ou faut-il acheter ces maudits stylos-feutres à nos frais ?

Ce n’est pas LA solution. C’est UNE solution. S’impliquer pour subvenir aux carences de l’État en pensant seulement et exclusivement au futur de nos enfants. Même si c’est injuste et que nous ne devrions pas le faire.

Aidons-les, ces professeurs. Faisons en sorte qu’ils n'aient pas à mener deux batailles de front : contre les institutions et contre les familles. Faisons en sorte que les familles soient du côté des professeurs, et créons des oasis de bonheur où des enfants sereins et intelligents pourront grandir même sans l’aide de l’État.

D’un point de vue conceptuel, c’est faux, mais je le fais quand même. Je ne peux pas attendre que l’État se rende compte de ses erreurs en hypothéquant l’instruction de ma petite fille.
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A
Institutrice de l'école publique, à la retraite, j'apprécie beaucoup ce billet de votre blog. Bravo !
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