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Irak: pour qui sonne le glas ?



[caption id="attachment_1391" align="alignright" width="320" caption="Photo: Karim Kadim/AP"][/caption]

Si l'investigation historique est une tentative permanente pour revoir les approximations afin qu'elles soient les plus proches possibles de la réalité, nous sommes aujourd'hui plus près que jamais d'une évaluation correcte du nombre de morts en Irak suite à l'invasion américaine en 2003.

C'est un sujet que j'ai traité de nombreuses fois, mais il est sans doute bon d'en rappeler les principaux points.

1. J’ai critiqué les autorités américaines et britanniques pour leur refus d’aborder le problème. Cela dénote un manque de respect pour la perte en vies humaines de l’Irak et cela permet également aux mésestimations les plus extravagantes de gagner en crédibilité auprès d’organisations de médias importantes.

2. Je pense que beaucoup trop de gens sont morts, ce qui est une terrible mise en accusation non pas de la décision d’envahir ce pays, mais du manquement à se préparer à ce qui allait suivre. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui s’opposaient à l’invasion mais le fait que 100 000 à 150 000 personnes aient péri devrait suffire à soutenir leur position sans qu’ils n’aient besoin de multiplier les pertes par dix.

Deux nouvelles études menées par le professeur Michaël Spagat du Département d’Économie du Royal Holloway College ont jeté la lumière sur les défaillances de deux enquêtes parmi les plus connues ayant fait état d’estimations exagérées.

La première est un article dans Defence and Peace Economics1 intitulé “Problème d'éthique et d'intégrité des données dans la seconde enquête de The Lancet2 sur la mortalité en Irak”. L'étude de The Lancet présente un "excès de mortalité" de 601 000 sur les trois années suivant l'invasion. Spagat conclut:
Cet article porte sur la seconde étude de The Lancet sur la mortalité en Irak publiée en Octobre 2006. Il présente des preuves suggérant des violations de l’éthique à l’encontre des personnes interrogées telles que mise en danger, violation de confidentialité et violation dans l’obtention du consentement libre et éclairé. Les manquements aux normes de divulgations minimales observés comprennent la non divulgation du questionnaire de sondage, du formulaire de données, des données anonymisées de l’enquêteur concernant les identifications aux foyers et du plan d’échantillonnage. L’article présente également des preuves relatives à la fabrication et à la falsification de données, qui tombent dans neuf grandes catégories. Ces preuves suggèrent que ce sondage ne peut être considéré comme fiable ou susceptible d’apporter une contribution valide à l’estimation du taux de mortalité en Irak depuis 2003.

Le deuxième article de Spagat, écrit conjointement avec Joshua Dougherty et publié dans Survey Research Methods3 énonce la base encore plus faible d’un sondage d’Opinion Research Business (ORB)4 qui évalue le nombre de morts à 1 million.
Nous avons comparé trois sondages d’ORB et trouvé des irrégularités concernant les données sur la mortalité de quatre subdivisions centrales de l’Irak qui représentent plus de 80% dans l’estimation des décès. Ces contrôles de validité internes indiquent que les données sur la mortalité d’ORB ne sont pas crédibles et devraient induire une estimation beaucoup plus à la baisse que celle publiée. Nous avons également analysé un nombre de sources d’erreurs spécifiques dans le sondage. Des erreurs systématiques comprenant des défauts de couverture et des erreurs de mesure indiquent généralement une surestimation. Des erreurs de variable sont également substantielles mais elles sont difficiles à quantifier et cela est en partie dû à la divulgation partielle des détails méthodologiques d’ORB. Des contrôles de validité externes, y compris des comparaisons avec des enquêtes plus importantes et de qualité supérieure renforcent dans la conclusion qu’ORB a surestimé le nombre de morts en Irak dans une très large mesure.

(Un document Pdf des échanges de points de vue entre Johnny Heald, Directeur Général d’ORB, et Spagat et Dougherty peut être téléchargé en cliquant ici.)

Fort heureusement, les organisations de médias sérieuses ont rarement considéré comme crédible l’estimation d’ORB, mais les fanatiques et les ignorants lui font toujours écho.

 

 

Notes du Traducteur:
(1) Revue bimestrielle britannique traitant de tous les aspects de l’économie de la défense, du désarmement et de la paix.
(2) Prestigieuse revue médicale britannique
(3) Revue scientifique traitant des sondages (uniquement publiée en ligne)
(4) Société de sondages privée basée à Londres
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D
Défendre la guerre d'Irak, c'est vraiment n'avoir rien compris au film.<br /> On peut se gargariser tant quon veut avec des mots (éthique, victimes, bla-bla-bla) et des chiffres, ces mots et ces chiffres sont vidés de leur sens dès lors qu'on cautionne l'invasion d'un pays souverain pour des raisons purement mercantiles et/ou de pouvoir énergétique. On se retrouve alors tout simplement avec ces victimes (sur lesquelles on fait mine de s'apitoyer) sur la conscience. D'autant plus quand on a fait partie du pouvoir qui a été à l'origine de cette catastrophe. Moi, j'appelle ça de la mauvaise foi.<br /> <br /> To defend war in Iraq is to have understood nothing about the whole thing. You can revel as much as you want with words (ethics, victims, blah blah) and figures; those words, those figures lose their meaning when one supports the invasion of a sovereign country for purely mercantile reasons and/or energetic power. We simply end up with those victims (of whom we pretend to have pity) on our conscience. All the more when one was part of the authorities responsible for such a disaster. To me, all of this is true insincerity!
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I
[...] This blog is now available in French. [...]
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