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Sauvez Haïti du tourisme humanitaire

[caption id="attachment_11252" align="alignleft" width="336" caption="Émeutes à Haïti"][/caption]

Deux articles du Guardian mettent l’accent sur la situation en Haïti — outre le choléra et les ouragans — et critiquent la gestion du système d’aides internationales qui, dix mois après le tremblement de terre, ne semble pas trouver de solution pour l’intervention humanitaire dans le pays.

Le premier article rapporte les faits de Cap Haïtien où ont eu lieu des protestations contre la présence des casques bleus, une présence qui dure désormais depuis 6 ans. Les soldats de l’ONU ont tiré sur la foule, laissant deux morts à terre entre les manifestants.

Parmi les motifs du mouvement de colère, il y a la délégation népalaise de l'ONU qu'on accuse d'avoir amené le choléra (cause d'au moins 1 000 victimes) à Haïti. L’ONU nie l’accusation et, pendant ce temps, plusieurs estimations prévoient 200 000 infections possibles dans les prochains mois :
Les officiels de l’ONU ont admis les problèmes avec les installations sanitaires de la base mais ils ont nié le fait que les soldats ont amené la maladie, qui se diffuse par le biais de matières fécales contaminées. Aucune investigation officielle sur les origines de l'épidémie n'a été lancée malgré les appels des leaders haïtiens et des épidémiologistes étrangers. "En Haïti, la majeure partie de la population croit que la délégation népalaise est à l'origine de la maladie et que l'ONU fera tout son possible pour la cacher", a affirmé Prospery Raymond, directeur local de l'ONG Christian Aid basée au Royaume-Uni. "Si cela est confirmé par les Nations unies, cela affectera l'organisation et leur mission de maintien de la paix dans le monde entier.”

Le deuxième article est un billet de Rory Carrol, également auteur du premier article, qui raconte ses sensations d'occidental en Haïti, avec le titre significatif "Sauvez Haïti des touristes de l’aide".

Rory raconte une histoire emblématique sur la façon dont se mobilisent beaucoup de gens de bonne volonté mais dont la coordination est insuffisante. L'histoire implique une délégation de Canadiens, convaincus, dit Rory, qu'ils vont améliorer la vie de quelques Haïtiens mais qui, en réalité, participent à la ruine de Haïti.

[caption id="attachment_15687" align="alignright" width="307" caption="Distribution de vivres à Haïti. Photo Oxfam Italia, Flick, sous licence CC"][/caption]

Mission to Haïti Canada a recueilli plus de 32 millions de dollars après le tremblement de terre, en avril ils ont construit deux maisons à l'épreuve des ouragans avec une expédition qui a impliqué 28 canadiens. Coût de l’opération : 6 000 dollars par maison. L’organisation a ensuite envoyé un conteneur de 10 000 dollars avec trois tentes, des vêtements, du riz et des haricots.

En Haïti, on peut construire une maison avec une fraction de ce que cette ONG a dépensé. Leur groupe ne parle pas créole et se fie à un médiateur local pour identifier les bénéficiaires, effectuer la distribution des fonds, la mise à jour des registres. L’ONG n’a pas de contacts avec le territoire, elle ne se coordonne pas avec les autorités locales. Maintenant, ils se plaignent car dès qu'ils repartent au Canada, les travaux s'arrêtent.

Pour le moment, à Haïti, il y a plus de 9 000 organisations qui, bien souvent, ne communiquent pas entre elles. Elles mettent également le gouvernement de côté concernant les décisions à prendre. Ces ONG disposent d'un budget supérieur à celui de l'État, elles peuvent influencer les institutions et le futur d’Haïti. Et elles le font sans aucun mandat démocratique.

La solution, écrit Rory, n’est pas qu’ils quittent tous Haïti, mais que le flux de touristes humanitaires qui voient Haïti comme un zoo s'arrête et que seules les organisations les plus importantes et sérieuses agissent selon une stratégie décidée par les Haïtiens.

Car le 28 novembre, ces derniers iront voter.

Notre de l'éditeur : ce billet et les articles du Guardian cités ont été publiés le 16 novembre 2010.
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